Bonjour tout le monde

9092007

Bienvenue sur le blog « Les Vétérans de Napoléon 1er« . ici, nous tâcherons de vous apprendre tout ce qu’il faut savoir sur les anciens soldats de l’Empereur Napoléon 1er, après la seconde abdication de celui-ci et son exil à Ste-Hélène. Que devinrent-ils alors que leur maître, celui qu’ils avaient si bien servi depuis plus de 15 ans pour certains était prisonnier des anglais ? Se reconnaissaient-ils dans cette nouvelle france gouvernée par Louis XVIII, ce roi ramené dans leur pays dans « les bagages des coalisés » ? C’est ce que nous essaierons de voir dans les différents articles  de ce blog.

Vous pouvez, si vous le souhaitez, mettre vous aussi des articles sur ce sujet. Il vous suffit, pour cela de vous inscrire sur le blog. Sachez aussi, que vos articles, avant de paraître sur le blog, devront être validés par le blogmaster.

                                                      JYL27

                                      Bonjour tout le monde dans Accueil

                     « Ah ! Il était grand » ou l’ancien évoquant l’Empereur à ses petits enfants




Le bûcher des Invalides

7032008


Le 5.03.1813, pour la dernière fois, l’Empereur vint à l’hôtel des Invalides revoir ses braves. Rangés dans la cour d’honneur, les invalides furent passés en revue, lentement, et à chacun d’eux l’Empereur adressa une bonne parole. Il les appelait par leur nom, leur parlait des batailles où ils avaient été ensemble, et attachait sur la poitrine des plus vaillants l’étoile de la Légion d’honneur. A l’infirmerie, le gouverneur lui présenta quatre centenaires qui avaient été à Fontenoy. L’Empereur les questionna longuement et leur remit des récompenses. Et comme il se doutait de l’avenir, et que cette visite était la dernière, il resta longtemps parmi les invalides, s’inquiéta de leurs besoins, de leurs affaires intimes, et ne partit que vers le soir.
Bientôt arrivèrent les mauvais jours. La fortune abandonna l’Empereur. Trahi, malheureux, ayant jusqu’au bout lutté pour maintenir le prestige de la France, ses gloires et son honneur, Napoléon déposa la couronne et abdiqua à Fontainebleau. Les Alliés pénétrèrent dans la capitale ; leurs cohortes vinrent bivouaquer aux portes mêmes de l’ancien temple de Mars.
Vainement tous ceux qui, aux Invalides, pouvaient encore tenir une arme coururent se ranger autour du maréchal Moncey. Un seul matin vit disparaître les trophées amassés pendant vingt ans des victoires.
Les Alliés vont peut-être envahir l’hôtel, réclamer les drapeaux conquis sur leurs soldats. Comment les sauver ? Faut-il les défendre jusqu’à la mort ? Mais une poignée d’hommes mutilés ne peuvent rien contre une armée entière.
Le maréchal Sérurier alors, prenant conseil de son désespoir, accomplit un acte de sublime grandeur. Un bûcher, comme jamais de plus glorieux n’a été allumé en aucun temps, est apprêté. On y jette en tas les drapeaux ennemis (1.417 en tout), ainsi que l’épée et les insignes de Frédéric II. Un grand tourbillon de feu s’élève dans les airs et toute l’épopée impériale, réduite en cendres, s’éparpille au vent sur les bords de la Seine.
Quelques débris furent sauvés par les invalides et cachés soigneusement. Ils attestent aujourd’hui la grandeur impériale et cette page immortelle de l’histoire de France.
Pour les invalides, l’Empereur ne mourut qu’en 1841, au retour des cendres. On les vit alors, dans leurs vieux uniformes, entourer le cercueil du héros, et malgré leur grand
âge, leurs blessures, leurs fatigues, réclamer le droit de veiller, jour et nuit, sur les restes de leur Empereur.

le maréchal Sérurier
Le maréchal Sérurier (doc. personnelle)

Source : – Article de Jean de Mitty : Les Vétérans, tiré du livre « La Vieille Garde Impériale », édition Le Livre Chez Vous
-
Dictionnaire biographique des généraux et amiraux Français de la révolution et de l’Empire, tome 2




L’officier en retraite

22122007

Elzéar Blaze, capitaine de la Garde, prit sa retraite en 1830. En 1837, il publia La Vie Militaire sous l’Empire. Ce livre est une série de tableaux de la vie militaire de l’époque et fourmille d’anecdotes. Voici ce que nous dit Elzéar Blaze sur l’officier en retraite  sous Napoléon 1er :

« Pendant les trente années qu’un officier passe au service, il pense tous les jours à l’époque où, recevant sa retraite, il pourra, libre de tout devoir, agir à sa fantaisie, planter ses choux ou les faire planter. Lorsque l’heure a sonné, quand il est installé dans sa petite ville, ordinairement il s’ennuie. Sa vie était coupée chaque jour par des événements, par des épisodes ; elle va couler dans une effrayante uniformité. Heureux s’il a choisi pour sa résidence une ville de garnison. Dans ce cas, l’heure de la parade, l’arrivée d’un régiment, une grande manoeuvre, sont pour lui des bonnes fortunes qu’il ne manque jamais.

L’officier en retraite, dans son habit bourgeois, a toujours quelque chose qui sent le régiment. Sa cravate noire laisse voir un passepoil blanc ; son gilet porte des boutons à numéro, et chez lui on le trouve toujours en bonnet de police ; sa robe de chambre est un vieux frac raccourci de six pouces.Il ne dit pas : Je vais faire ma toilette mais Je vais me mettre en tenue. S’il conduit sa femme pourvoir la manoeuvre,car l’officier en retraite est essentiellement marié, son attention est absorbé par les commandements ; il voit les fautes et les indique à ses voisins. Si l’on se dispose à faire un changement de front, il ne manque pas de dire Otons-nous de là, ma bonne, ils vont venir par ici.

Donnez un rendez-vous à l’officier en retraite, il arrivera toujours le premier ; l’exactitude militaire ne s’oublie jamais. Il ne dira pas : J’irai vous voir après-midi, mais, après la parade. Les mots parades, exercice, manoeuvre, sont incrutés dans son cerveau. Pour lui, son régiment était le premier de l’armée. Mettez-le sur ce chapitre, etvous en entendrez de belles. Cet esprit de corps qui réunit deux mille hommes autour d’un même drapeau prend sa source dans les plus nobles sentiments, peut-être s’y glisse-t-il une légère dose d’amour-propre ;au reste, sans amour-propre que ferait-on ?

L’officier compte souvent ses années de service, ses campagnes, ses blessures ; il connaît par coeur la loi sur les retraites et le tableau qui la suit. Il calcule toujours à quelle époque arrivera le nouveau grade si longtemps attendu, grade qui doit nécessairement augmenter le tarif relativement à lui………………………………………………………………………………. ….. ………………………………………………………………………………………………………………………………. ……………………………………………………………………………………………………………………………………..

Dans la carrière de la gloire, on gagne bien des choses : la goutte et des rubans, une pension et des rhumatismes. Ouf ! Ma jambe, le temps va changer. Aïe !Mon bras, le baromètre baisse. Et puis, les pieds gelés, un membre de moins, une balle qui s’est logée entre deux os et que le chirurgien n’a pu se retirer. Que dis-je, une balle, deux balles, dix balles ! J’ai connu de braves soldats dont la peau ressemblait à une écumoire et qui portaient dans eux-mêmes du plomb en suffisante quantité pour aller à la chasse un jour d’ouverture. Que de hasards dans ce monde !…Les uns étaient blessés toutes les fois qu’ils allaient au feu, d’autres revenaient toujours sains et saufs.

Tous ces bivouacs par la pluie et la neige, toutes ces privations, toutes ces fatigues éprouvées dans la jeunesse, on les paye en devenant vieux, lorsqu’on a pris sa retraite. Par la raison qu’on a souffert jadis, il faut souffrir davantage, ce qui ne serait pas bien juste. Les appointements sont moins forts, mais en compensation les besoins sont doublés.

Quelquefois l’officier en retraite utilise ses loisirs par un travail honorable ; dans ce cas, il passe du strict nécessaire à l’honnête aisance. Les vieux troupiers sont en nombre dans les comptoirs des négociants, dans les bureaux des ministères. L’exactitude à remplir leurs nouveaux devoirs est pour eux une nouvelle consigne ;  il est en général bon mari, bon père, un peu brusque, un peu bourru, mais brave homme.

S’il en est qui travillent pour passer leur temps et pour augmenter leur revenu, il en existe beaucoup qui ne font rien et ne veulent rien faire. Ceux-là s’ennuient du matin au soir, ils vont rôder autour des casernes, et bien souvent ils seraient tentés de demander la permission de commander une pause d’exercice.Tel un boutiquier, retiré du commerce, ne sait plus quoi devenir du momentqu’il ne cause plus avec la pratique.

D’autres se retirent à la campagne ; ils soignent leur jardin et chassent tant qu’ils peuvent  ; ils ont raison, ce n’est pas moi qui les blâmerai. J’en ai connu qui n’auraient accepté d’emploi de personnes à aucun prix. Après une obéissance de trente années, ils se délectent dans cette douce pensée qu’ils sont leur maître ; que pour aller, venir, manger, dormir, ils n’ont plus de permission à demander, et qu’ils sont libres d’agir en tout suivant leur propre volonté.

Un capitaine de cavalerie, sur le point d’obtenir sa retraite, fit une singulire proposition au plus vieux trompette de son régiment.

-Mon ami, lui dit-il, je vais me retirer à la campagne ; je possède une petite maison, quelques arpents de terre et ma pension ;avec tout cela,  j’espère vivre à mon aise. Si tu veux m’accompagner, nous planterons des choux et nous les mangerons ensemble.

-Si je le veux ! Je crois bien que je le veux.

-Eh bien, je vais te faire obtenir ton congé, mais j’y mets une condition.

-Laquelle?

-Tu feras à la campagne, chez moi, le même service qu’au régiment. Tu sonneras le réveil, l’appel, le pansage, l’exercie, la parade, etc.

-Capitaine, je sonnerai tout ce que vous voudrez !

Nos gens partent, arrivent et s’installent dans une modeste habitation où le capitaine était enchanté d’être son maître et de pouvoir disposer de son temps à sa fantaisie. A certaines heures, le trompette, après avoir fait résonner l’instrument guerrier, arrivait tout essouflé dans la chambre de l’officier.

-Eh bien, qu’est-ce ?

-Capitaine, le régiment monte à cheval.

-Il a raison le régiment, à sa place je ferais comme lui ; à ma place, il ferait comme moi, je me moque du régiment.

Ce brave capitaine ne disait pas précisément : Je me moque, il se servait d’une expression plus colorée, mais je n’ose pas l’employer ici.

Ces dignes offciiers de cavalerie…ils jurent toujours. Nous autres fantassins, nous sommes infiniment plus réservés. Le capitaine se levait tard, quelquefois il ne se levait pas du tout. Il fumait sa pipe, regardait pousser les choux, et riait sous cape en entendant le trompette recommencer périodiquement ses harmonieux solos.

-Eh bien, qu’est-ce ?

-Mon capitaine, grande manoeuvre aujourd’hui.

-Je m’enmoque.

-Temps superbe.

-Tant mieux, mon ami,  je m’en moque.

-Parade.

-Bon !

-Pansage.

-Excellent.

-Inspection.

-De mieux en mieux.

-Exercice à cheval.

-Je m’y attendais.

-Et puis demain la revue du maréchal.

-A la  bonne heure, parbleu, j’en étais sûr ! Et là-dessus, il partait d’un éclat de rire.

-Eh bien, tu diras que je m’en moque..Et je vais me coucher.

Source : Souvenirs d’un officier de la Grande Armée. La vie militaire sous le premier Empire du capitaine Elzéar Blaze, Librairie des Deux Empires 2002.

anciens soldats

Illustrations du livre « lendemains d’Empire » de Nathalie Petiteau

 




-II :Les Femmes

21122007

Il ne faut pas croire que dans l’armée Napoléonienne,  seul le sexe fort était représenté: Il y avait aussi des femmes. Certes, la majorité d’entre elles étaient surtout cantinières, toutefois quelques-unes s’illustrèrent comme soldat. En voici deux parmi les plus célèbres :

-1°)  Angélique Duchemin, veuve Brulon :

Angelique Duchemin

Portrait tiré du livre « L’Hotel des Invalides » de Anne Muratori-Philip,collection « La mémoire des lieux », éditions Complexe

Marie-Angélique Josèphe Duchemin nait le 20.01.1772, fille de soldat. Ses deux jeunes frères , Charles (4 ans) et Thomas (2 ans) sont déjà inscritssous lescontrôles du Limousin comme enfants du corps admis à la solde.

Fille et soeur de soldats, Angélique épouse,le 9.07.1789, à Ajaccio, un soldat : André Brulon, une jeune recrue du régiment. Hélas, deux ans plus tard,  le caporal Brulon est tué dans une escarmouche,en Corse, lors d’une lutte de clans. Il laisse une veuve de 20ans, une fillette de 2 ans et un nouveau-né qui ne survivra pas aumalheur. Dans son désarroi, Angélique revêt l’uniforme et devientcaporal-fourrier,fonction qu’elle parvient à coïncider avec l’éducation de sa fille.

Le hasard choisit Angélique pour assurer la défense  de la citadelle de Calvi (Corse), menacée par les rebelles à la solde des Anglais. Son courage force l’admiration, mais n’empêche pas, hélas, la capitulation.

Rapatriée en France, elle retrouve sa famille,sous les ordres du général Bonaparte,à la conquête de l’Italie. Durant cette campagne, la mort lui ravit son père et ses deux frères. En novembre 1797, âgée de 25 ans, son corps blessé, usé, la faisant souffrir atrocement, elle dépose une demande d’entrée à l’Hôtel des Invalides. Après 7 années de démarches incessantes, elle parvient au but en 1802. 

A l’Hôtel des Invalides, Angélique ne reste pas inactive; elle prend immédiatement en main le magasin d’habillement qu’elle gérera jusqu’en 1836. Et il ne se passe pas une visite royale ou princière sans que l’on fasse escale dans son petit deux pièces du corridor Bellegarde

L’unique femme-soldat-invalide est de toutes les cérémonies. En décembre 1837, elle assiste, dans son uniforme, aux fuérailles grandioses du général Damrémont où Berlioz joue son Requiem des Morts.

En revanche,  Angélique, est invisible chaque fois que Napoléon vient aux Invalides car elle tient celui-ci pour responable de la mort de son mari. Malgré ses griefs, elle rêve d’obtenir la légion d’honneur. Tous les gouverneurs s’efforceront de la lui obtenir. Louis XVIII lui conférera bien le grade honorifique de sous-lieutenant invalide et la décoration du Lys, mais il faut attendre le gouverneur Jérôme Bonaparte pour qu’on lui accorde enfin la croix si longtemps refusée. C’est ainsi qu’un jour de 1852, alors qu’il se rend sous le dôme pour se recueillir sur la tombe de son gloreiux oncle, le prince-président Louis Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III) épingle lafameuse croix sur la poitrine  de la veuve Brulon, alors âgée de 80 ans. Angélique est la première femme décorée de la Légion d’Honneur.

Le 13.07.1859, elle s’éteint entourée de ses vieux compagnons.

Source : L’Hotel des Invalides » de Anne Muratori-Philip,collection « La mémoire des lieux », éditions Complexe

 2°) Thérèse Figueur, dite Sans-Gêne, veuve Sutter :

Therese Figueur

Portrait se trouvant au dos de couvertre du  livre « Histoire de la dragonne Thérèse figueur »

Elle naquit à Talmay (Côte d’Or), le 17.01.1774, et est orpheline à 9 ans.Son oncle maternel l’emmène à Avignon. La Révolution éclate, elle est alors auneuse de drap. Après la proscription des Girondins, en 1793,  Avignon se révolte contre la municipalité jacobine. Son oncle Joseph,royaliste, est chargé de commander une compagnie de canonniers. Thérèse, devenue une belle jeune fille de 18 ans,  ne le quitte pas d’un pouce.  L’oncle accepte que sa nièce s’habille en homme afin qu’elle puisse l’accompagner partout, même en campagne. Face au républicains du général Carteaux, les fédéralistes ne tiennent pas longtemps et Thérèse et son oncle sont faits prisonniers.

Emmenés en Avignon, ils sont présentés à Carteaux qui laisse le choix à Thérèse entre la guillotine ou s’enrôler pour la République. Elle accepte et obtient la vie sauve pour son oncle,elle gagne aussi son surnom de Sans-Gêne qui lui est attribuée par le général. Thérèse est incorporée aux Chasseurs Allobroges et se retrouve au siège deToulon où elle rencontrera un jeune capitaine du nom de Bonaparte.  

Le 4.04.1794, après la prise de Toulon, Thérèse est incorporée au 15eme dragons et fait campagne à l’Armée des Pyrénées Orientales contre les Espagnols et est au siège de Figuières. Elle participe ensuite à la campagne d’Italie oùelleretrouve Bonaparte, mais comme général en chef cette fois mais faisant constamment partie desgarnisons, elle n’a pas l’occasion de s’illustrer sur les champs de bataille. En l’an VI (1798),elle est en Suisse. Cette même année 1798, son régiment embarque pour l’Egypte, mais elle est de ceux qui restent au dépôt de Marseille.

Début 1799, les dragons du 15e en dépôt à Marseille sont intégrés au 9eme dragons.

Au cours de la bataille de Savigliano (18.09.1799), elle est blessée et prisonnière. Passant pour une sorcière, elle va être brûlée….Miracle, grâce à l’archiduc Charles et au prince de Ligne elle échappe à la mort et est libérée. Elle se retrouve alors à Paris où Bonaparte vient de prendre les rênes du pouvoir. Ce dernier accueille avec joie, à St-Cloud, celle qu’il appelle le petit Sans-Gêne.

En 1805, elle est à la capitulation d’Ulm, puis à Austerlitz. L’année suivante, elle est à Iéna, et est blessée grivèvement en poursuivant les Prussiens, sur la route de Berlin, à la suite d’une chute de cheval. Elle doit revenir à Paris où, après un séjour à l’hôpital de la Charité, elle passe 18 mois hors de service dans une chambre louée rue de Bourgogne.

1810 : Sur sa demande, elle est attahée à un régiment de la Jeune Garde envoyé en Espagne. Elle est à Bayonne, Vittoiria et Burgos.  Si elle sait se battre, elle sait aussi montrer de la compassion envers la populace, en lui donnant à manger et en soignant les malades et blessés, aussi le peuple espagnol l’a-t-il adopté. Son attitude lui sauve la vie :Fi nuikket 1812, aux alentours de Burgos, elle tombe entre les mains de la bande  du guerillo Merino; reconnue, elle évite la mort et est envoyée, à la place, en Angleterre. Heureuse-ment, les pontons ne sont pas pour elle ; à la place, elle est assignée à résidence, dans le village de Bolderwood, chez un tailleur. ellereste,ainsi, prisonnière jusqu’en 1814. L’abdication de Napoléon la libère et elle retrouve la France.

1815 : Thérèse n’est pas à Waterloo,en revanche, elle fait le »coup de feu » à la barrière de Vaugirard.

Le 2.07.1818, elle se marie avec Clément Sutter, dragon rescapé de la campagne de Russie dont elle sera veuve 11ans plus tard.

Le 4.01.1861, à85 ans, elle décède à l’hospice des Petits-Ménages, inconsolable den’avoir pasreçu la Croix des mains de l’Empereur.

le romande Sans-Gêne 

Couverture du livre de Colette Piat « Thérèse Figueur, Le roman de  la vraie madame Sans-Gêne

Sources : - Histoire de la Dragonne ou Les campagnes de Mademoiselle Thérèse Figueur, de 1793 à 1815, texte écrit sous sa dictée par St-Germain leduc,dossier historique par Robert Ouvrard,éditions Cosmopole ;

-Thérèse Figueur, Le roman de  la vraie madame Sans-Gêne de Colette Piat

Vous en saurez plus sur les femmes dans l’armée Napoléonienne en cliquant sur le lien ci-dessous :

http://www.histoire-empire.org/articles/cantiniere/femmes_aux_armees_de_napoleon.htm




I-Les Hommes

21122007

Voici quelques-uns de ces glorieux vétérans qui s’illustrèrent dans la grande Armée Impériale.

Louis-Victor Baillot :

Louis-Victor Baillot

Né à Percey (Yonne), le 9.04.1793.  Il fit partie de la seconde levée en masse de juillet 1812 et entra au service en qualité de fusilier  àla3me compagnie du 3eme bataillon du 105e régiment d’infanterie de ligne, le 25.11.1812. Il fit la campagne d’Allemagne de 1813 et participa à la bataille de Wittenberg, le 17.04.1813, fut aux opérations militaires dans le Mecklembourg et au siège de Hambourg, sous Davout,  en septembre 1813. Rentra en France en avril 1814 et fut licencié le 13.08.  Rappelé en qualité de fusilier au 105e de ligne en avril 1815. Fit la campagne de Belgique à l’Armée du Nord. A Waterloo (18.06.1815, dans l’après-midi) , il reçut un coup de sabre à la tête; le 19, il fut fait prisonnier de guerre et emmené en captivité sur les pontons anglais et fut libéré en 1816 ; il fut réformé lamême année comme phtisique . Il reçut, en 1857, la médaillede Ste-Hélène, et,en 1896, fut décoré de la légion d’Honneur. Il décéda, dans sa maison, à Carisey (Yonne), le 3.02.1898, à l’âge de 104 ans,9 mois et 24 jours. Sa sépultur, au cimetière de Carisey, fut restaurée en 1998 par l’association « Les Amis du Patrimone Napoléonien »

Source : Documentation de Jean-Pierre Bibet,des Amis du Patrimoine Napoléonien

Jules-Frédéric De Corday :

Jules-Frédéric de Corday

Ce pett cousin de Charlotte de Corday est né au Renouard (Orne), le 21.06.1788. Il s’enrôle dans la cavalerie de la Grande Armée en 1806. Il fait les campagnes de Prusse et Pologne (1806-07) comme sous-lieutenant au 9eme chasseurs ; à l’armée de Naples, en 1808 ;  l’ Autriche en 1809, il est blessé, le 5.07, à Wagram, de 2 coups de sabres sur la tête en chargeant; il passe lieutenant le 23.08 ;  Calabre en 1810 ; Russie en 1812, le 3.11, à Viazma, étant d’ordonnance près du général d’Ornano une balle lui traversa la jambe droite en cherchant à rallier de l’infanterie;1813 et 1814 à la Grande Armée ; capitaine adjudant-major le 8.01.1815 ; capitaine aux chasseurs de la Vendée le 8.05.1816 ;1823 en Espagne, il est alors capitaine- commandant au 3e régiment de Chasseurs des Ardennes.  Il est rayé des contrôles le 16.01.1824.

En ce qui concerne les décorations, Jules-frédéric de Corday est :Chevalier de St-Louis, de la Légion d’Honneur et de St-Ferdinand d’Espagne, médaillé de Ste-Hélène.

En 1807, après la campagne de Pologne, il fut présenter,lors d’un bal de la Cour, par le maréchal Kellerman à l’impératrice comme cousin de Charlotte de Corday. Aussitôt, Joséphine  lui posa de nombreuses questions sur sa célèbre cousine. Il répondit qu’il était trop jeune pour l’avoir connue elle-même mais qu’il en avait entendu parler par sa famille, et tous les membres s’accordaient pour dire qu’étant enfant tout annonçait en elle qu’elle serait une femme supérieure. Avoir Charlotte comme cousine avait été pour lui un véritable passe lorsqu’il se présenta à Mayence pour s’enrôler car il avait omis de se munir des papiers nécessaires et  on le menaçait de le renvoyer chez lui. Il s’était alors écrié : Je ne puis cependant pas retourner dans ma Basse-Normandie. Je suis bien Frédéric de Corday, né au Renouard ! Le maréchal Kellermann se trouvait dans lesbureaux.Ayant entendu celà, il demanda à  notre personnage si il était bien de la famille à Charlotte de Corday,celui-ci ayantrépondu par l’affirmative le maréchal dit :Cela suffit ! Avec un pareil nom, vousn’avez pas besoin  d’autres pièces !

Jules-Frédéric de Corday, après avoir quitté le service, s’installa à Breteuil sur Iton (Eure) et en fut maire de 1851 à 1852. Il meurt le 6.12.1871, à 83 ans.

Source : Dictionnaire des médaillés de Sainte-Hélène dans l’Eure, volume I

Jacques-Paschal Monnier :

Monnier

Né le 20.04.1778 à St-Martin-aux-Buneaux (Seine-Maritime). Le jour de sa naissance, son père,marin, était en mer. Il a 5 frères et deux soeurs.

 Le 2.10.1789, à 11 ans, il est mousse sur le Saint-Valéry, bâteau de pêche d’un de ces oncles, jusqu’au 2.04.1792. Du 1.10.1792 au 22.12.1792, il est sur le Saint-Nicolas. Du 2.03.1793 au 4.01.1794, sur le Port Peltier. Le 4.04.1794, le Port Peltier est appelé au service de l’Etat comme transport, Jacques-Paschal,toujours en qualité de novice y restera jusqu’au 26.09. Il passe alors sur le Philippe Nicolas pour une courte période de pêche du 2.12 au 27.01.1795 et il reprend du service sur La Laurette (corvette), embarquement au Havre,du 2.04.1795au 7.04.1796. Du 8.04 au .03.1797, le voici sur la frégate l‘Incorruptible, capitaine Bescond, en qualité de matelot, qui, accompagné d’une petite escadre, part de l’Ile de Walcheren (Pays-Bas), pour une course en mer du Nord, le 15.07.1796. Un navire anglais, Le Glatton,  hèle l‘Incorruptible, mais ce dernier finit par s’échapper et rentre, son mât de misaine assez gravement endommagé, dans l’estuaire de l’Escaut.

Du 8.03.1797 au 10.04, Monnier est sur l’Insolent (canonnière,capitaine Brouelle), puis,du 3.05 au 24.07, sur Le Charles (bâteau de transport,capitaine Godin). Du 25.07.1797 au 11.07.1801,il est matelot ou aide-canonnier sur les bâteaux suivants : l’Enigme (canonnière, capitaine Jade), la Circonstance (canonnière), la Canonnière n°1, le St-Jean (bateau), la Carmagnole (frégate, capitaine Hubert), le Jeune Adrien (bateau), la Libre (frégate), le Succès (cutter).

Le 25.04.1800, à bord de la Carmagnole,en qualitéd’aide-canonnier, il participe,dans l’estuaire de l’Escaut, en compagnie de l’Incorruptible, la Poursuivante, la Désirée, sous les ordresdu capitaine Castaing chef de la division, contre 7 frégates, corvettes, cutter britanniques portant 144 canons. La Désirée est enlevée en15 mn!..Les autres bateaux font voile sur Flessingue, où ils arriveront sans autre ennuis. Jacques-Paschal est, heureusement, à bord de la Carmagnole.

Le 12.07.1801, à bord du  Succès, il participe au sauvetage de deux équipages espagnols durant le débarquement ouest de Gibraltar. Ces deux navires, le Real Carlos et le San Hermenegilde, se sont canonnés mutuellement alorsqu’un navire anglais avait attaqué l’un d’eux!..La riposte fut une affreuse méprise, car les 2 navires ayant fait leplein de munitions sautèrent presque en même temps.

Le 31.08, le Succès (Monnier à son bord) et La Bravoure partent pour Livourne, dans le but d’aller au ravitaillement, les deux frégates s’échoueront,car elles naviguent au plus près du rivage, et seule le Succès pourra être relevé.

Du 22.01.1804 au 30.03.1807, Jacques-Paschal est sur La Providence et c’est dans cette période que se situe Trafalgar. Il mentionne dans une lettre adressée au ministre de la guerre qu’il avait pris en 1804 le commandement du transport 243 d’artillerie, ce transport est inscrit dans le répertoire général de la marine comme ayant pour nom : La Providence ! Effectivement,dans les archives de la Marine Nationale, on trouve trace de ce commandement, mais seulement en ce qui concerne l’intendance et les frais  de subsistance. Toutefois, il fautnoter que  La Providence 243 est indiqué dans les archives de Cherbourg comme un bâtimentfaisant partie de la flotte du Nord, prévue pour « la descente en Angleterre ». Il  est possible que ce bâtiment ait fait office de ravitailleur puisqu’il est porté sur les registres comme transport d’artillerie et, que de ce fait, il ait assisté,mais de loin à la fameuse bataille.

En 1809, il est sur le Dalmate (vaisseau de haut bord, capitaine Mossin), ancré à Anvers,  comme maître-canonnier, jusqu’au 6.04.1811. Muni d’une permission spéciale, il vient, le 6.02.1811,à St-Martin aux-Bruneaux pour se marier avec Marie-Angélique Hedouin.

Maître-canonnier de 1ere classe à bord du Friedland (lougre,capitaine Jean Coudein), faisant partie de l’Armée Navale d’Anvers composée de 18 vaisseaux, sous les ordres du Vice-Amiral Burgues Missiessy, il est  présenté lorsd’uneinspection,le20.09.1811 à Napoléon 1er par le ministre de la marine, Decrès, contre-amiral, et l’Empereur lui dira : Je me souviendrai de toi !.

Monnier contine à naviguer au service de l’Etat du 4.12.1813 au 1.09.1814, sur le Pacificateur, capitaine Osewaerde (officier hollandais) et le Tromp.

En 1815, la monarchie rétablie, Jacques-Paschal se consacre à la pêche et au cabotage. Il passe, au Havre, l’examen de Maître au Cabotage, et, est reçu le 19.07.1817.Il est breveté Capitaine le 2.09.1819.

En 1816, alors qu’il commandait le Jean-Baptiste de St-Valéry-En-Caux, en qualité de capitaine-patron, il participa à une actionde sauvetage lors d’un naufrage en mer,au large de St-Valéry-en-Caux,relaté par lui-même,et parceux qu’il sauva (11 hommes sur 18 de l’équipage) et dont il est faitmention sur son état de service édité par l’Inscription Maritime de Fécamp. 

Il sera patron, maître au cabotage ou capitaine  jusqu’en septembre 1846.

Matelot sur Le St-François, Patron sur le St-Victor, sur le St-Jacques, sur le Jean-Jacques, sur le Jean-Baptiste, Maître sur le Jeune Arthur, sur le Renard, sur le Saint-Adrien, sur l’Aline, sur le Saint-Paul, sur le Cérès et l’Adelphine.

Dans l’entretemps, pardécret du 18.05.1829,décision n°298, il fut admis demi-solde.

Capitaine, en 1826, sur le Saint-Adrien, direction la Corogne ; le 24.05.1843, capitaine de l’Adelphine, pour un nouveau voyage, et d’autres encores qui se succèderont jusqu’en 1849,année où il prend sa retraite etseretire à Fécamp

En novembre 1852,il envoie une lettre au ministre de la Marine, en citant ses états de service pour obtenir la Légion d’Honneur. Sa demande est transmise et  enregistrée le 27.11, mais, la croix ne lui sera,finalement, attribuée qu’en 1865.

Il décède en 1869, à 90 ans.

Source : Documentation de madame Nadine Delafosse

Vous trouverez d’autres vétérans en cliquant sur ce lien

http://www.histoire-empire.org/docs/veterans/veterans.htm




L’arrêté du 25 fructidor an IX

12122007

L’une des premières préoccupations du futur Empereur, après son coup d’état du 18 brumaire an VIII (9.11.1799) fut le sort des braves soldats à la retraite n’ayant que leur maigre pension  pour survivre, tous n’étaient pas forcément aux Invalides . Aussi, le 25 fructidor an IX (12.09.1800),  un arrêté déclarait que les gardes-champêtres seraient désormais choisis parmi les vétérans. Voici l’arrêté en question :

« Les Consuls de la République, sur le rapport du ministre de l’intérieur ; le conseil d’état entendu,  Arrêtent ce qui suit : Art. Ier : Les gardes champêtres des communes seront, à l’avenir, choisis parmi les vétérans nationaux et autres anciens militaires. 

-       II : Le  ministre de la guerre enverra à chaque préfet l’état nominatif des vétérans et anciens militaires résidant dans le département, et en état de remplir les fonctions des gardes champêtres. Les préfets feront passer aux sous-préfets la liste des vétérans et anciens militaires de leur arrondissement.

-      III. Lorsqu’il y aura lieu à nommer un garde champêtre, le maire le choisira parmi les individus de la commune ou des communes les plus voisines compris dans l’état des vétérans nationaux et anciens militaires de l’arrondissement, dont le sous-préfet lui aura donné connaissance, sur sa demande ;il soumettra son choix à l’approbation du conseil municipal.

-      IV Lorsque le conseil municipal d’une commune aura approuvé  le choix  d’un vétéran ou ancien militaire pour garde champêtre, le maire de la commune en donnera avis au sous-préfet de l’arrondissement.

-    V. Le sous-préfet donnera une commission de garde champêtre au vétéran ou ancien militaire, lequel se rendra dans la commune qui l’aura nommé ; il se présentera au maire, qui visera sa commission,  et le fera reconnaître en qualité de garde champêtre..

-  VI   Les vétérans ou anciens militaires gardes champêtres seront en tout traités comme l’étaient les gardes champêtres des communes ; ils seront soumis aux mêmes obligations.

-  VII Les dispositions du présent arrêté  ne sont point applicables aux communes dans lesquelles les salaires du garde champêtre n’équivaudraient pas à la somme de cent quatre-vingt francs par an.

-  VIII Les ministres de l’intérieur et de la guerre sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté, qui sera inséré au Bulletin des lois.

Le premier consul, Bonaparte. Par le  premier Consul : le secrétaire d’état, signé Hugues B. Maret. Le ministre de l’intérieur,  signé  Chaptal ». 

Lesrenseignements ci-dessus et les illustrations ci-dessous m’ont été envoyés par Hédi ZAHAF conseillé historique de la fédération nationale des gardes champêtres communaux et intercommunaux de France

gardes-champêtres Garde-champêtre et gendarmes

                                                                       Un garde champêtre

 Un Garde-Champêtre en 1795, gravure tiré  du livre « Histoire de la société Française » édité par Nathan.

veteran et enfants le vétéran-garde-champêtre salué par les enfants du village.




Vieux soldats de Napoléon

7102007

Lorsque les parents de l’historien Gustave Schlumberger vinrent s’établir à Pau, en 1845, on y rencontrait encore de nombreux officiers en demi-solde, ayant fait partie des armées de Napoléon Ier. Ils étaient fort respectés et les habitants de la ville les écoutaient, avec avidité, raconter leurs souvenirs. Aussi, plus tard, les vieux amis de Schlumberger purent raconter au jeune homme  les récits qui le savaient le plus frappé. En voici quelques-uns :

M.Lespy, alors jeune répétiteur au lycée de Pau, rapporte l’histoire suivante que lui conta  un colonel de la garde : Il commandait dans les Pouilles un bataillon chargé de donner la chasse aux brigands napolitains. Soudain, l’ordre lui arrive de partir pour l’Espagne, où la grande guerre avait commencé. Le bataillon se met en route. On marchait depuis des semaines On avait remonté toute l’Italie, traversé la France de l’Est à l’Ouest, franchi les frontières de la Navarre ; on n’avait plus de souliers, mais on marchait toujours. Soudain, aux portes d’un bourg du Nord de l’Espagne, au moment d’arriver à l’étape, le bataillon poudreux entend un grand bruit de chevaux et d’équipages. On s’informe. C’était l’Empereur et Roi qui arrivait en poste ! Il fallait entendre de quelle voix ce vieux brave redisait à chaque fois ces mots magiques : l’Empereur et Roi !

Donc,  l’Empereur et Roi, prompt comme l’éclair, descend de berline. Il voit ce bataillon sur la place, demande d’où il vient, le passe en revue et s’en va dîner. Les autres aussi dînent, plus modestement. Au moment où ils vont dormir, un officier d’ordonnance accourt haletant : L’Empereur,  après avoir achevé le conseil qui l’amenait en cet endroit, a décidé subitement d’aller coucher deux lieues plus loin. Il n’y a aucune troupe pour aller le garder en ce nouveau gîte. Le commandant peut-il fournir un détachement ? -Monsieur l’officier d’ordonnance, nous somme très fatigués,  répond le chef : Nous marchons depuis trois mois. Toutefois, pour le service de Sa Majesté, je vais  aller voir s’il y a des volontaires ! A son premier mot, tout le bataillon s’offre. On part sur l’heure. L’enthousiasme donne des ailes aux plus éreintés ; on court, on vole si bien qu’on arrive à l’étape nouvelle au moment même où débouchaient les équipages de César.

Lui, mécaniquement, descend de voiture, mécaniquement aussi je les passe en revue et soudain,  sortant de son rêve :-Mais je viens de vous voir ! s’écrie-t-il, Vous étiez à A…., il n’y a pas deux heures !Oui, Sire, mais on nous a commandés pour le service de Votre Majesté et nous voici. Alors,  redressant à chaque fois sa haute taille après ce récit, toujours le même, levieux soldat, la voix étranglée par l’émotion, ajoutait ces simples mots : Et l’Empereur, se tournant vers moi, me dit « Mâtin ! Vous avez bien marché ! Et,comme chaque fois,M. Lespy, avec malice, s’écriait : Et il ne vous a pas dit autre chose ? lui, furieux, dardant sur son interlocuteur téméraire ses prunelles de feu, répondait avec violence  : Et que vouliez-vous qu’il nous dit de plus ? Toute sa vie, ce vieillard avait vécu sur ces trois mots d’éloge. D’aucuns le jugeront stupide,moi, presque sublime.

Matin,vous avez marché

Mâtin ! Vous avez bien marché !

Un autre de ces vieux héros, le colonel P…del ‘infanterie de la garde impériale, vécut fort longtemps à Pau,où il étaitconnu et aimé. Il a même rempli, pendant un temps, les fonctions de gouverneur du château d’ Henri IV. Célibataire, ayant fait toutes les grandes guerres de l’Empire, il représentait admirablement cette époque héroïque et lointaine, quand on apercevait sa fière, haute et maigre silhouette, vêtue à la mode de jadis, auréolée du vaste ruban rouge de la Légion d’Honneur, traverser, vers le soir,à l’heure de la pension, les rues de la ville. Le colonel n’avait qu’un seul péché mignon, il adorait le jeu. S’étant laissé entraîné 2 ou 3 fois à perdre de petites sommes qui déséquilibrèrent  son très mince budget. Il se jura, alors, solennellement de ne plus succomber. Hélas, un soir vint où, fêtant une promotion au café Champagne, sur la place Royale, il oublia son serment, joua et perdit 15 francs.

Humilié par son manque de parole, une fois dans la solitude de son pauvre petit appartement de la place de la Halle, il sortit d’une caisse son vieil uniforme des guerres d’Espagne, tout râpé mais glorieux de colonel du Premier Empire. Il se revêtit en silence, seplaça devant sa glace et se tint ce discours : Colonel P…vous n’avez point su tenir votre serment! Vous vous êtes conduit comme une femme ! Je vous mets aux arrêt pour un mois et je vous condamne durant ce laps de temps à des travaux féminins pour que vous ne recommenciez plus ! Il acheta de la laine et un dévidoir et, pendant un mois entier, seul, chez lui, il garda les arrêts dans son morne petit salon, dévidant de la laine. Au bout du mois, il endossa à nouveau son uniforme, se fit une visite à lui-même et, levant ses arrêts, debout devant sa glace, ajouta ces mots : Et maintenant,colonel P…., ne recommencez plus !  Depuis lors,plus oncques ne joua.

Colonel, vous serez puni

Je vous mets aux arrêts

Un autre colonel, ayant  surtout combattu en Espagne, racontait qu’à la bataille de Toulouse, souvent, le maréchal Soult le fit appeler vers la fin de la lutte et lui dit : Colonel, voici 3.000 hommes ; prenez-les, allez occuper le pont de  ….et faites-vous tuer pour sauver la retraite !  Il y courut; il se fit hacher avec ses hommes ; il arrêta longtemps l’ennemi et détruisit un millier d’Anglo-Portugais, mais il  survécut. Depuis 25 ans, il promenait ses regrets et ses glorieux loisirs, lorsqu’un autre officier qui lui tenait par les liens du sang,vint à commettre un acte qui l’exposait à être exclu de l’armée. Le vieux brave, se croyant déshonoré, se désespéra. Il voulait se tuer, ne pouvant supporter qu’un de ses proches subît une peine pareille. Le maréchal Soult étant, alors,ministre de la guerre, des amis supplièrent le vieux soldat de s’adresser à lui. Longtemps il ne put se résigner à cette humiliation. Enfin, l’instant critique arriva. Le jugement allait être rendu ! Il n’y avait plus une minute à perdre  ! Alors, après un violent combat intérieur, le colonel exposa par écrit sa requête au maréchal. Il le priait de mettre simplement en disponibilité celui dont on allait, peut-être justement, souiller le nom d’une condamnation ineffaçable. Il terminait sa pétition par ses mots : Maréchal, en 1814,  à tel jour, à telle heure, à la bataille de Toulouse, vous avez dit  à un officier supérieur de prendre trois millehommes de troupe et d’aller se faire tuer sur le pont de la Garonne. Cet officier a exécuté vos ordres ; il a fait tout son devoir ;il a sauvé la retraite de l’armée. Cependant il n’a pas été tué. C’est lui qui vous adresse ces lignes ! On raconte que le vieux maréchal recevant cette  missive se recueillit quelques instants. Puis, soudain, des larmes emplirent des yeux. Il se ressouvenait :C’est vrai,s’écria-t-il, c’est bien vrai ! Il y était comme il le dit,  le vieux brave ! Et,d’un trait de plume, il signa la mesure qui permettait au vieil officier de vivre sans s’estimer déshonoré.

Source :Vieux soldats de Napoléon de Gustave Schlumberger,Librairie Les Deux Empires,  éd. 1998




Les « crânes » de Napoléon Ier sous la Restauration

6102007

Sous la Restauration, il y eut deux sortes de vétérans : Ceux qui se résignaient, comme ce demi-solde,qui, au Jardin des Plantes, examine d’un air pensif des arbrisseaux exotiques.-Eh ! Que fais-tu là ? lui demande un camarade -J’apprends à végéter ! et il y a les autres, bien plus nombreux, les révoltés qui revendiquent, les fougueux,voire les brutaux, ceux que l’on surnomme « les crânes ». En voici un spécimen : Le colonel Barbier-Dufay poursuit de sa haine les officiers royalistes et les provoque sans cesse ; il tue en duel le colonel de Saint-Morys, blesse grièvement le général comte de Montségur…On tâche de se débarasser de lui, de venger ses victimes; une nuit, il est assailli par deux  inconnus qui le frappent à coups de couteaux ; il en réchappe, se venge à son tour. Rencontrant dans les galeries de bois du Palais-Royal un jeune garde du corps, il lui marche délibérément sur le pied, puis désarmé par le courage et la courtoisie de cet enfant, il lui fait des excuses. L’autre ne les accepte pas et, pour forcer Barbier-Dufay à se battre, le gifle. Duel à deux pas de là, dans une petite rue du Louvre. Le garde du corps perd son épée à chaque engagement -Je ne suis pas un assassin ! finit par dire Barbier-Dufay qui cherche une autre manière de vider le différend. Un fiacre passe. Il l’arrête et propose ceci : Les deux adversaires attachés l’un à l’autre n’auront que la main droite libre et se battront au poignard jusqu’à ce que mort s’ensuive. Deux témoins montent sur  le siège, deux derrière le fiacre qui,au pas, se met en route, traverse deux fois la place du Carrousel…Quand on ouvre la portière le jeune garde est mort, Barbier couvert de sang a 4 coups de poignards dans la poitrine, et son adversaire lui a déchiré le bas de la figure avec les dents. Cette sauvagerie donne à Barbier-Dufay un terrible renom ; la police perquisitionne chez lui après l’avoir ligoté, ficelé comme une carotte de tabac ; pendant quelques temps il peutméditer dans un cachot de la Conciergerie, mais, aucune inculpation n’existant contre lui, il faut bien le remettre en liberté. On espère qu’il va quitter Paris ; point du tout ; chaque matin vers 11 h.  , il retrouve ses amis au Café de Mars, quai Voltaire, faisant tournoyer sa canne plombée ;et lesmouchards se tiennent à distance ; un jour, il en reconnait un  qui participa à son arrestationetmarche sur lui : Je vais te redresser lamoelle épinière ! Le colonel Bourbaki n’est pas moins redouté des agentschargés de le surveiller ; lorsqu’il sort de son logis rue Grange-Batelière, il leur crie : Ah! Canailles,vous me suivez ! Allez dire à votre préfet que je me f… de lui.

Ancien de la Révolution et de l’Empire,  le  général Berton est un  demi-solde d’une cinquantaine d’années. Dans une allée du Luxembourg, il clametout haut son indignation de voir les soldats mendier leur pain, et sa haine des Bourbons : Oui, je veux aller les tuer tous ! Il me faut une vengeance pour le lion qui est enchaîné à Ste-Hélène…..; il m’en faut pour l’agneau qu’ils égorgeront aussi à Vienne ! Sa maison, rue de Latour d’Auvergne n°11, est connue par la police comme le rendez-vous d’agitateurs. En 1822, le général Berton es tarrêté pour  avoir tenté de renverser le roi, et condamné à mort par la Cour royale de Poitiers e texécuté le 6.10.1822.

                             Unduelsous laRestauration

                                        Un duel sous la Restauration

Decrest, qui fut nommé  par l’Empereur comte de St-Germain, est replacé dans l’armée royale souslenomdegénéralSaint-Germain, mais il n’a rien perdu de ses anciennes convictions  et a gardé l’accent du temps passé. Le colonel marquis de Nadaillac lui disant aimablement : Mon général, voulez-vous faire à Mme la marquise de Nadaillac l’honneur de dîner chez elle? »  Il répond : Monsieur,je ne dîne jamais chez les colonels que j’inspecte et, Monsieur le marquis, je ne leur donne jamais à dîner ! Cette manière bourrue s’applique indistinctement à tous, il eû tdit son fait au roi et l’on n’osait le metre à   la retraite : Celui qui m’y mettra, je lui ferai voir que je suis encore vert ! Il estplus respecté que redouté. On levoit fumant sa pipe sur la terrasse de sa petite maison des Champs-Elysées, et quand passe un détachement de cavalerie de lag arde qui vient d’escorter quelque prince, il crie :Tenez donc vos chevaux, vilains conscrits, tristes cavaliers ! Les soldats le reconnaissent : Celà c’est le général Saint-Germain, un crâne troupier ! A la cour, voyant  des officiers boire du bouillon, son indignation éclate : Pardieu, messieurs, voilà une jolie boisson pour des soldats !Buvezdu punch  !Mais non, çà vous gratterait legosier ; vous n’avez pas  plus de force que toutes lespisseuses que vous faites danser !  Propos insolites dans les Tuileries, mais ce soldat du Corse, qu’on sait honnête, ferme et détestant l’intrigue, a des grâces d’Etat.

Pour terminer cette série de »crânes », nous parlerons  d’un personnage devenu, tout comme l’Empereur, lui aussi, une légende et fut d’ailleurs décoré par Napoléon Ier lui-même et qui restera fidèle à la mémoire du « Petit Tondu »contre vents et marées : Surcouf, le célèbre corsaire malouin : En 1814, après la première abdication, Surcouf se rend en malle-poste à Paris. Houdan dépassé, le malouin estime que la malle traîne un peu trop. Il passe la têtepar la portière et se plaint au postillon de la lenteur de ses chevaux  -Vous avez raison monsieur, répond celui-ci, en se retournant. Je voudrais bien aller plusvite si  jepouvais, mais mes pauvres chevaux, mis constamment en réquisition par ces gueux de Russes tombent de fatigue. Il m’a fallu marcher quand même  sous peine d’être battu du knout. C’est bien triste,allez ! Mais il  faut tout souffrir. Ils sont les maîtres ! Surcouf est indigné,surtout que le postillon, qui se révêle être un vieux soldat de la garde,lui apprendqe depuis 15 jours, le malheureux doit loger et nourrir 6 militaires russes. C’est alors que, sur la route, un équipage élégant venant à « contre-bord » de la chaise de poste de Surcouf. Cet équipage filant grand train est précédé d’un cosaque de la garde. Les voitures s’avancent l’une vers l’autre -Va droit ton chemin et ne t’inquiètes pas du reste. Je réponds de tout ! et il saisit son fusil, le met la crosse entre les jambes, prêt à faire feu. Aucun des équipages ne veut céder le passage.  Le cheval du cavalier russe, refoulé par la voiture du corsaire, recule, s’arrête,bloquant les deux attelages. Le cosaque, embarrasé par son cheval qui renâcle effrayé, jette sur Surcouf un regard haineux. Eperonnée, la monture du cosaque  bondit, mais, gênée dans l’étroit espace où elle est acculée, elle  trouve une issue libre surladroite de la route, s’y porte instinctivement. Elle est suivie par leschevaux de poste, qui entraînent les étrangers avant que larixe nesoitcommencée. Les équipages se séparent sans effusion de sang. Le vieux soldat-postillon, tout joyeux, s’exclame : -Vous êtes un homme solide ! Si l’Empereur n’avait été entouré que de braves comme vous, il n’irait pas faire son voyage à l’île d’Elbe !

Quelques jours plus tard, à Paris, Surcouf et un garde d’honneur sont agressés par 3  russes ; ces derniers sont armés de sabres tandisque le garded’honneur n’a que ses poings et le malouin sa canne ; ce combat parait en défaveur, pourtant, bientôt cesont lesRusses qui se mettent à pousser de grands cris alertant les gendarmes qui viennent séparer les combattants.

Citons enfin un dernier fait d’armes du corsaire : 1815, après Waterloo St-Malô est occupée par les troupes prussiennes du colonel Wrangel. Un jour à la taverne « la pomme de pin », 12 officiers Prussiens entrent en insultant les Français s’y trouvant ; Surcouf, justement là,  ne le supporte pas et les défie tous les 12 en duel. Les offiiers Prussiens, amusés devant tant d’arrogance, acceptent. Rendez-vous est pris une heure plus tard sur la grève Nord.  A l’heure dite, Surcouf est là, les officiers également. Le premier d’entre eux s’avance, le combat s’engage et, très vite,le malouin tue son adversaire;  le deuxième s’avance, àson tour, avec rage,mais lui aussi périt de l’épée de l’ancien corsaire, puis c’est le troisième,  le quatrième…..Bientôt, il ne reste plus qu’un seul ennemi en vie ;Surcouf décide de luifairegrâce pour qu’i lpuisse raconter cequ’ils’était passé. Lorsqu’il sut ce qu’il s’était passé, le colonel Wrangler, furieux, pour éviterleridicule, ordonna que l’on dise que lesvictimess’étaientbattues entre elles et que l’on se mette à la recherche de Surcouf et que l’on le fusille.Mais Surcouf avait déjà prisla mer pour Jersey, les prussiens renonçèrent à le poursuivre et, durant, la nuit, le rusé malouin revient vers les côtes et débarque en Normandie, puis se rendit ensuite à Paris où il s’y cacha jusqu’au départ des troupes d’occupation.

surcouf

Quand on lit ceci, comment s’étonner, après celà, qu’avec des hommes d’un tel caractère, d’une telle trempe,  la France ait pu, pendant 23 ans, non seulement tenir tête aux monarchies européennes liguées contre elle, mais aussi leur dicter ses conditionset leur imposer sa loi ?

Sources : -Le culte de Napoléon de J. Lucas-Dubreton

-Surcouf, titan des mers, de Michel Herubel, éd.Perrin

-Surcouf, par Hubinon et Charlier, collection figures de proue, éd. Dupuis (BD)




L’Hôtel des Invalides : L’Annexe d’Avignon

30092007

A Avignon, pendant 49 ans, se trouvait une annexe des Invalides dont voici les origines :

En 1303, fut fondé, dans cette ville,  l’Université de droit d’Avignon. En 1564, suite au Concile de Trente, 4  jésuites arrivent  de Rome, à Avignon, pour fonder un collège. En 1589, Louise d’Ancezune finance un noviciat de jésuite. Les terrains sont acquis rue des Vieilles-Etudes où était située les premiers bâtiments de l’Université. 1768, Le roi de France Louis XV occupe Avignon. Il fait expulser immédiatement les jésuites et exige du pape la dissolution de leur ordre. 1773 : Le pape accepte de dissoudre l’ordre des jésuites en France. La ville d’Avignon lui est rendue. Le noviciat est racheté par les religieuses de Sainte-Praxède. 1790 : Le noviciat est fermé.1801 : Le bâtiment devient une succursale de l’hôtel des Invalides de Paris. 

Dans cette annexe, ce sont les mêmes habitudes, modifiées par le calme de l’existence départementale, et par une surveillance plus facile, en ce qu’elle ne s’exerce que sur 500 hommes. L’état sanitaire est plus satisfaisant, et la longévité plus grande  sur les bords du Rhône que sur les rives de la Seine. Quant aux bâtiments de la succursale avignonnaise, ils se composent de 2 maisons  conventuelles, dont l’ancienne distribution a été presque entièrement conservée. Au milieu de lacour principale est une fontaine  avec une inscription qui seraient peu goûtée des buveurs, s’ils entendaient le latin : Naïas/Hospitas/Martis .Traduit mot à mot, cela donne : Fleuve/Hôpital/Militaire, en clair Hôpital  Militaire du Fleuve. 

Le parc de la succursale, planté d’ormeaux et de platanes, est divisé en larges allées qui portent les noms d’Iéna, d’Austerlitz, de Wagram, etc. Les murs qui l’environnent  présentent un résumé de l’histoire militaire de France depuis 1792 jusque sous Louis-Philippe, leurs dates, les noms de ceux qui s’y distinguèrent leurs belles actions, leurs paroles mémorables ; c’est un Panthéon en plein vent. 

En 1850, le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte supprime cette succursale, et, en  1852, il remet les bâtiments à la Ville.  Pourquoi le Prince-Président ordonna-t-il cette fermeture ?

Des décennies pacifiques (sauf la guerre en Espagne et la conquête de l’Algérie) succédant aux continuelles campagnes napoléoniennes le flux d’invalides militaires fut tari à la source : la réduction de leur effectif permettait l’accueil de tous dans l’Hôtel de Paris.
La seconde République cherchant à réaliser des économies sur le budget de l’état, et sur celui de l’Armée en particulier, la décision fut prise de fermer la succursale d’Avignon. Pour celle-ci les alertes avaient été nombreuses : déjà, en 1802, à peine ouverte elle faillit être condamnée. à
la Restauration l’ordonnance royale du 12 Septembre 1814 supprime toutes les succursales, celle d’Avignon fut sauvée par une ordonnance du 16 Décembre il d’après le compte qui nous a été rendu que le climat d’Avignon était plusfavorable à la santé et aux habitudes d’un certain nombre de nos invalides , l ‘argument de la salubrité était d’ailleurs véridique, le taux moyen de mortalité des invalides y était de 71% contre 91,7% à Paris.

Une nouvelle menace de suppression fut écartée en 1820, mais en 1850 l’Hôtel de Paris, réaménagé avec 4000 places n’avait que 2899 pensionnaires et Avignon en avait 483 et un déficit de 60 000 francs. Le décret du 27 Février 1850 décide la mise en application de l’ordonnance de suppression du 12 Septembre 1814. Ni les pétitions, ni les arguments humanitaires  » à son âge, habitué qu ‘il est, depuis tant d’années, à la douceur du climat du midi, que va-t-il en résulter pour lui ? un surcroît de douleur et puis une mort prochaine « , ni l’argument économique de la suppression d’un établissement  » qui faisait vivre unefoule de petites industries, qui versait dans la caisse municipale 30 000 francs par an et consommait dans la ville un million  » toutes les interventions furent vaines.
Les invalides intransportables restèrent à l’hôpital civil d’Avignon, d’autres furent recueillis par leurs familles mais 340 furent dirigés sur Paris.
Le 6 Novembre 1850 à 14 heures, précédés d’un détachement du 120 régiment de Chasseurs à Cheval avec leur colonel et le maire d’Avignon, les invalides les plus robustes, marchant lentement, gagnent l’île de la Barthelasse où deux bateaux à vapeur, spécialement équipés, sont amarrés sur la rive gauche du Grand Rhône. Les autres sont à leur tour transportés et installés à bord dans la journée du 7. Ils sont accompagnés par l’Adjudant Major Pierre Boisse, commandant en second de la succursale, par le chirurgien-major Lézat, par l’aumônier et par du personnel infirmier et de services.
Les bateaux lèvent l’ancre le 8 Novembre au matin mettant un terme à l’histoire à la succursale de l’Hôtel des Invalides d’Avignon.

L’annexe des Invalides devient alors l’hospice civil Saint-Louis mais ce dernier doit égalemet  femer  en 1892.

En 1987, L‘aile nord du bâtiment devient un hôtel de prestige dont l’aménagement est fait par l’architecte Jean Nouvel. Les autres ailes sont réparties entre un Institut supérieur des techniques du spectacle et des services du Festival d’Avignon.

L'ancien noviciat des Jésuites 

L’ancien noviciat des Jésuites

Sources : - article L’Invalide de  Emile De la Bédollierre dans  Les Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du XIXe siècle éditée par Léon  Curmer. Réédité par  Omnibus en février 2003.

-Structurae

-Louis CABIAC 1774-1854 : »Du ruisseau aux Invalides », Epopée d’un Bagnolais de
la Révolution au Second Empire.
Pierre THIENARD Dépoy légal 1er trimestre 2003 ©Tous droits réservés




La nuit à l’Hôtel des Invalides, poème de Emile de La Bedollière

29092007

La nuit, quand tout se tait et dort sur l’Esplanade,

A l’horizon lointain mugit la canonnade !

Des rêves glorieux ont visité l’Hôtel,

Soudain, chaque bataille, au renom immortel,

Fille du peuple libre ou fille de l’Empire,

Prend un corps et, vivante, elle marche et respire.

Fleurus, demi-vêtue et le sein palpitant,

Croise la baïonnette, et triomphe en chantant.

Embabeth, refoulant les Arabes timides,

Contemple l’Orient du haut des Pyramides.

Vengeant de tristes jours de défaite et d’affront,

Marengo pleure un brave ; Austerlitz à son front

Porte des rayons d’or éclatants comme un phare,

Et sur des lacs de glace entonne sa fanfare,

Voici venir Wagram et la sanglante Eylau ;

Pâle de désespoir, voyez-vous Waterloo,

Au milieu des moissons que la guerre a foulées,

Disputer aux Anglais ses aigles mutilées ?

Entendez-vous encor, par la paix endormis,

S’éveille r en grondant les canons ennemis ?

Entendez-vous frémir comme au gré de la bise

Les drapeaux suspendus aux voûtes de l’église,

Et que peut contempler l’invalide joyeux,

Quand il élève au ciel sa prière et ses yeux ?

 

Alors les vieux guerriers se raniment ; leur bouche

A retrouvé des dents pour mordre la cartouche ;

Feuillage printanier des arbres rajeunis,

Les cheveux ont couvert leurs crânes dégarnis.

Comme un fleuve ses bords, le sang bat leurs artères ;

Ils renaissent au jour des fastes militaires,

Et leur jeunesse ardente, avide d’un grand nom,

Est digne qu’on la risque en face du canon.

Ils se lèvent : Pour eux la lutte recommence ;

Ils reprennent un rang dans la colonne  immense.

Soldats de vingt pays, esclaves de vingt rois,

Anglais, Autrichiens, Prussiens, Bavarois,

Opposent à leurs coups une épaisse muraille,

Que perce et démolit l’incessante mitraille,

Mille ennemis sont là ; mais eux, vaillants et forts,

Rompent des bataillons, escaladent des forts ;

Et si, dans la mêlée, un boulet les emporte,

Si la balle en passant les renverse, qu’importe ?

Car, pour les voir tomber et mourir sans terreur,

Ils ont deux grands témoins,

la France et l’Empereur.

 

Hélas ! Bientôt la nuit, la mère des mensonges,

Dans les plis de sa robe emporte tous les songes !

Le matin reparait, mais il ne reste plus

Que de pauvres soldats, éclopés et perclus,

Débris de corps humains, vieilles lames rouillées

Par l’âge et les combats moitiés dépareillées.

Ils accueillent souvent par un juron brutal

La goutte qui les tient sur un lit d’hôpital ;

Mais leur caducité s’entoure de trophées ;

Au feu des souvenirs leurs âmes réchauffées

Vers un passé sublime ont repris leur essor ;

Ils ont rêvé de gloire !…Ils sont heureux encor.

invalidesdefilant

Source : article L’Invalide de  Emile De la Bédollierre dans  Les Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du XIXe siècle éditée par Léon  Curmer. Réédité par  Omnibus en février 2003.




Il était 3 invalides

29092007

Sous Louis-Philippe, à l’Hôtel des Invalides, on pouvait distinguer 3 catégories d’anciens combattants. Chez les Français, peuple chanteur, on peut juger des hommes par les couplets qu’ils affectionnent, et les invalides ne font pasexception à larègleAinsi,nous reconnaissons dans :

Les dragons Dauphin 

Aiment le bon vin 

Et la compagnie (bis)  ils donnent le matin

A ce jus si divin 

Et la nuit à Sylvie 

 l’invalide de Louis XVI.

Dans :

Plutôt la mort que l’esclavage

C’est la devise des Français

l’invalide de la République.

Dans :

Ah ! Qu’on est fier d’être Français Quand on regarde la colonne

le grognard de la vieille garde.

L’Invalide de Louis XVI a fait la guerre de Hanovre,avant 1783 ; mais, depuis cette époque, il a servi la Convention, le Consulat, l’Empire, la Restauration, avec la même indifférence et la même fidélité passive. On assure qu’un noble sang coule dans ses veines. Son père, grand seigneur jouissant d’un revenu de cent mile livres, lui laissa une rente de 615,75 F. C’est un gentilhomme. Il est poli avec prétention, galant avec afféterie, coquet avec recherche. Il montre une mansuétude qui n’est pas de la bonté, une bonté qui n’est point de la bienveillance. Son embonpoint et sa fraicheur d’octogénaire témoigne des bons effets de la cuisine de l’hôtel, à laquelle sa gastronomie ajoute, de temps à autre, une truite, un homard ou des truffes. Il s’est longtemps enorgueilli d’une croix de Saint-Louis, dont Louis XVIII l’a décoré ; mais,depuis 1830, il met à la dissimuler autant de soin qu’il en mettait jadis à la faire voir.

Sans lui tenir compte de cette rennciation volontaire, le troupier de la République lui adapte l’épithète d’aristocrate. Celui-ci assistait au siège de Bréda, et faisait partiedu détachement de cavalerie qui, en l’an III, s’empara de la flotte hollandaise retenue dans letexelparlesglaces. Ila été réformé dès 1804, mais sa dernière blessure date de 1814 ; il l’a reçue au siège de Paris. Il a horreur des prêtres, et ne voit pas sa soeur, sa seule parente, gouvernante à la Visitation, car, dit-il, elle est de la calotte. Son puritanisme n’a jamais pu s’accoutumer à accoler au nom des rues la qualification de saints ; il dit : Dominique, le faubourg Honoré, et même la rue Roch, ce qui n’est guère euphonique. Il regrette Hoche et Kléber, et persiste à désigner Napoléon sous le titre de général Buonaparte.

Buonaparte ! s’écrie l’invalide de la vieille garde, Buonaparte ! Dites donc Napoléon s’il vous plaît, autrement nous serions forcés de nous rafraîchir d’un coup de sabre, et çà deviendrait désagréable. Tonnerre ! C’était çaunhomme ! Tous vos généraux à cadenettes ne sont pas dignes de lui cirer ses bottes. Et dire que les Anglais !…Mais, non allez, il n’est pas mort ! Ceux qui soutiennent qu’il est mort ne le connaissent pas ; il en est incapable. Dieu de Dieu ! S’il revenait….Quel tremblement !

Ces paroles émanent  d’un individu porteur d’une face balafrée, d’une pipe culotée, d’un pantalon bleu et de guêtres blanches ; on est en décembre. Ce soldat modèle, plié àtoutes les exigences du service, à la discipline, aux fatigues, aux privations, est entré dans la garde à la formation, et en est sorti au licenciement. Son existence a commencé à Austerlitz et fini au Mont-St-Jean. La charge, la fusillade, l’Empereur galopant au milieu d’un nuage de poussière et de fumée,voilà toute sa vie ; avant et après, il n’y a rien. Il se croit encore de la vieille  garde ; le ruban de sa croix est plié comme celui dessoldats de la vieille garde,et il a soin de faire retaper ses chapeaux neufs dans le style de la vieille garde,par un de ses anciens camarades. En s’appuyant sur une pièce de canon aux armes d’Autriche, il s’imagine toujours être à Vienne. Le gouvernement de Napoléon est à ses yeux le seul grand, le seul légitime, le seul logique. Si vous causez avec lui du ministère  :-Ne me parlez pas des ministres, dit-il, c’est des « clampins »qui « caponnent »devant les puissances étrangères ;l’Empereur secomportait autrement avec celles; votre coq ne vaut pas notre aigle ! -Ah ! Ils sont rudement travaillés parl’opposition….! -Ne me parlez pas de l’opposition, c’est un tas decriailleurs qui ne savent ni ce qu’ils disent, ni ce qu’ils veulent! -Lesjournaux…! -Ne me parlez pas des journaux ; l’Empereur savait leur couper le sifflet, à tous ces merlesdejournalistes! -laChambre….! -Ne me parlez pas de la Chambre; les députés sont tous des bavards, l’Empereur les jetait par la fenêtre;ils ne sont bons qu’à ça ! -Et de qui diable voulez-vous qu’on vous parle ? -De l’Empereur !

invalideplutarque

 Source : article L’Invalide de  Emile De la Bédollierre dans  Les Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du XIXe siècle éditée par Léon  Curmer. Réédité par  Omnibus en février 2003.

 







nouvelle vision |
CEVENNES ET CAUSSES |
marjo |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | cours smi S3
| morenita1334
| Psychogenealogie