Le bûcher des Invalides

7032008


Le 5.03.1813, pour la dernière fois, l’Empereur vint à l’hôtel des Invalides revoir ses braves. Rangés dans la cour d’honneur, les invalides furent passés en revue, lentement, et à chacun d’eux l’Empereur adressa une bonne parole. Il les appelait par leur nom, leur parlait des batailles où ils avaient été ensemble, et attachait sur la poitrine des plus vaillants l’étoile de la Légion d’honneur. A l’infirmerie, le gouverneur lui présenta quatre centenaires qui avaient été à Fontenoy. L’Empereur les questionna longuement et leur remit des récompenses. Et comme il se doutait de l’avenir, et que cette visite était la dernière, il resta longtemps parmi les invalides, s’inquiéta de leurs besoins, de leurs affaires intimes, et ne partit que vers le soir.
Bientôt arrivèrent les mauvais jours. La fortune abandonna l’Empereur. Trahi, malheureux, ayant jusqu’au bout lutté pour maintenir le prestige de la France, ses gloires et son honneur, Napoléon déposa la couronne et abdiqua à Fontainebleau. Les Alliés pénétrèrent dans la capitale ; leurs cohortes vinrent bivouaquer aux portes mêmes de l’ancien temple de Mars.
Vainement tous ceux qui, aux Invalides, pouvaient encore tenir une arme coururent se ranger autour du maréchal Moncey. Un seul matin vit disparaître les trophées amassés pendant vingt ans des victoires.
Les Alliés vont peut-être envahir l’hôtel, réclamer les drapeaux conquis sur leurs soldats. Comment les sauver ? Faut-il les défendre jusqu’à la mort ? Mais une poignée d’hommes mutilés ne peuvent rien contre une armée entière.
Le maréchal Sérurier alors, prenant conseil de son désespoir, accomplit un acte de sublime grandeur. Un bûcher, comme jamais de plus glorieux n’a été allumé en aucun temps, est apprêté. On y jette en tas les drapeaux ennemis (1.417 en tout), ainsi que l’épée et les insignes de Frédéric II. Un grand tourbillon de feu s’élève dans les airs et toute l’épopée impériale, réduite en cendres, s’éparpille au vent sur les bords de la Seine.
Quelques débris furent sauvés par les invalides et cachés soigneusement. Ils attestent aujourd’hui la grandeur impériale et cette page immortelle de l’histoire de France.
Pour les invalides, l’Empereur ne mourut qu’en 1841, au retour des cendres. On les vit alors, dans leurs vieux uniformes, entourer le cercueil du héros, et malgré leur grand
âge, leurs blessures, leurs fatigues, réclamer le droit de veiller, jour et nuit, sur les restes de leur Empereur.

le maréchal Sérurier
Le maréchal Sérurier (doc. personnelle)

Source : – Article de Jean de Mitty : Les Vétérans, tiré du livre « La Vieille Garde Impériale », édition Le Livre Chez Vous
-
Dictionnaire biographique des généraux et amiraux Français de la révolution et de l’Empire, tome 2




L’Hôtel des Invalides : L’Annexe d’Avignon

30092007

A Avignon, pendant 49 ans, se trouvait une annexe des Invalides dont voici les origines :

En 1303, fut fondé, dans cette ville,  l’Université de droit d’Avignon. En 1564, suite au Concile de Trente, 4  jésuites arrivent  de Rome, à Avignon, pour fonder un collège. En 1589, Louise d’Ancezune finance un noviciat de jésuite. Les terrains sont acquis rue des Vieilles-Etudes où était située les premiers bâtiments de l’Université. 1768, Le roi de France Louis XV occupe Avignon. Il fait expulser immédiatement les jésuites et exige du pape la dissolution de leur ordre. 1773 : Le pape accepte de dissoudre l’ordre des jésuites en France. La ville d’Avignon lui est rendue. Le noviciat est racheté par les religieuses de Sainte-Praxède. 1790 : Le noviciat est fermé.1801 : Le bâtiment devient une succursale de l’hôtel des Invalides de Paris. 

Dans cette annexe, ce sont les mêmes habitudes, modifiées par le calme de l’existence départementale, et par une surveillance plus facile, en ce qu’elle ne s’exerce que sur 500 hommes. L’état sanitaire est plus satisfaisant, et la longévité plus grande  sur les bords du Rhône que sur les rives de la Seine. Quant aux bâtiments de la succursale avignonnaise, ils se composent de 2 maisons  conventuelles, dont l’ancienne distribution a été presque entièrement conservée. Au milieu de lacour principale est une fontaine  avec une inscription qui seraient peu goûtée des buveurs, s’ils entendaient le latin : Naïas/Hospitas/Martis .Traduit mot à mot, cela donne : Fleuve/Hôpital/Militaire, en clair Hôpital  Militaire du Fleuve. 

Le parc de la succursale, planté d’ormeaux et de platanes, est divisé en larges allées qui portent les noms d’Iéna, d’Austerlitz, de Wagram, etc. Les murs qui l’environnent  présentent un résumé de l’histoire militaire de France depuis 1792 jusque sous Louis-Philippe, leurs dates, les noms de ceux qui s’y distinguèrent leurs belles actions, leurs paroles mémorables ; c’est un Panthéon en plein vent. 

En 1850, le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte supprime cette succursale, et, en  1852, il remet les bâtiments à la Ville.  Pourquoi le Prince-Président ordonna-t-il cette fermeture ?

Des décennies pacifiques (sauf la guerre en Espagne et la conquête de l’Algérie) succédant aux continuelles campagnes napoléoniennes le flux d’invalides militaires fut tari à la source : la réduction de leur effectif permettait l’accueil de tous dans l’Hôtel de Paris.
La seconde République cherchant à réaliser des économies sur le budget de l’état, et sur celui de l’Armée en particulier, la décision fut prise de fermer la succursale d’Avignon. Pour celle-ci les alertes avaient été nombreuses : déjà, en 1802, à peine ouverte elle faillit être condamnée. à
la Restauration l’ordonnance royale du 12 Septembre 1814 supprime toutes les succursales, celle d’Avignon fut sauvée par une ordonnance du 16 Décembre il d’après le compte qui nous a été rendu que le climat d’Avignon était plusfavorable à la santé et aux habitudes d’un certain nombre de nos invalides , l ‘argument de la salubrité était d’ailleurs véridique, le taux moyen de mortalité des invalides y était de 71% contre 91,7% à Paris.

Une nouvelle menace de suppression fut écartée en 1820, mais en 1850 l’Hôtel de Paris, réaménagé avec 4000 places n’avait que 2899 pensionnaires et Avignon en avait 483 et un déficit de 60 000 francs. Le décret du 27 Février 1850 décide la mise en application de l’ordonnance de suppression du 12 Septembre 1814. Ni les pétitions, ni les arguments humanitaires  » à son âge, habitué qu ‘il est, depuis tant d’années, à la douceur du climat du midi, que va-t-il en résulter pour lui ? un surcroît de douleur et puis une mort prochaine « , ni l’argument économique de la suppression d’un établissement  » qui faisait vivre unefoule de petites industries, qui versait dans la caisse municipale 30 000 francs par an et consommait dans la ville un million  » toutes les interventions furent vaines.
Les invalides intransportables restèrent à l’hôpital civil d’Avignon, d’autres furent recueillis par leurs familles mais 340 furent dirigés sur Paris.
Le 6 Novembre 1850 à 14 heures, précédés d’un détachement du 120 régiment de Chasseurs à Cheval avec leur colonel et le maire d’Avignon, les invalides les plus robustes, marchant lentement, gagnent l’île de la Barthelasse où deux bateaux à vapeur, spécialement équipés, sont amarrés sur la rive gauche du Grand Rhône. Les autres sont à leur tour transportés et installés à bord dans la journée du 7. Ils sont accompagnés par l’Adjudant Major Pierre Boisse, commandant en second de la succursale, par le chirurgien-major Lézat, par l’aumônier et par du personnel infirmier et de services.
Les bateaux lèvent l’ancre le 8 Novembre au matin mettant un terme à l’histoire à la succursale de l’Hôtel des Invalides d’Avignon.

L’annexe des Invalides devient alors l’hospice civil Saint-Louis mais ce dernier doit égalemet  femer  en 1892.

En 1987, L‘aile nord du bâtiment devient un hôtel de prestige dont l’aménagement est fait par l’architecte Jean Nouvel. Les autres ailes sont réparties entre un Institut supérieur des techniques du spectacle et des services du Festival d’Avignon.

L'ancien noviciat des Jésuites 

L’ancien noviciat des Jésuites

Sources : - article L’Invalide de  Emile De la Bédollierre dans  Les Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du XIXe siècle éditée par Léon  Curmer. Réédité par  Omnibus en février 2003.

-Structurae

-Louis CABIAC 1774-1854 : »Du ruisseau aux Invalides », Epopée d’un Bagnolais de
la Révolution au Second Empire.
Pierre THIENARD Dépoy légal 1er trimestre 2003 ©Tous droits réservés




La nuit à l’Hôtel des Invalides, poème de Emile de La Bedollière

29092007

La nuit, quand tout se tait et dort sur l’Esplanade,

A l’horizon lointain mugit la canonnade !

Des rêves glorieux ont visité l’Hôtel,

Soudain, chaque bataille, au renom immortel,

Fille du peuple libre ou fille de l’Empire,

Prend un corps et, vivante, elle marche et respire.

Fleurus, demi-vêtue et le sein palpitant,

Croise la baïonnette, et triomphe en chantant.

Embabeth, refoulant les Arabes timides,

Contemple l’Orient du haut des Pyramides.

Vengeant de tristes jours de défaite et d’affront,

Marengo pleure un brave ; Austerlitz à son front

Porte des rayons d’or éclatants comme un phare,

Et sur des lacs de glace entonne sa fanfare,

Voici venir Wagram et la sanglante Eylau ;

Pâle de désespoir, voyez-vous Waterloo,

Au milieu des moissons que la guerre a foulées,

Disputer aux Anglais ses aigles mutilées ?

Entendez-vous encor, par la paix endormis,

S’éveille r en grondant les canons ennemis ?

Entendez-vous frémir comme au gré de la bise

Les drapeaux suspendus aux voûtes de l’église,

Et que peut contempler l’invalide joyeux,

Quand il élève au ciel sa prière et ses yeux ?

 

Alors les vieux guerriers se raniment ; leur bouche

A retrouvé des dents pour mordre la cartouche ;

Feuillage printanier des arbres rajeunis,

Les cheveux ont couvert leurs crânes dégarnis.

Comme un fleuve ses bords, le sang bat leurs artères ;

Ils renaissent au jour des fastes militaires,

Et leur jeunesse ardente, avide d’un grand nom,

Est digne qu’on la risque en face du canon.

Ils se lèvent : Pour eux la lutte recommence ;

Ils reprennent un rang dans la colonne  immense.

Soldats de vingt pays, esclaves de vingt rois,

Anglais, Autrichiens, Prussiens, Bavarois,

Opposent à leurs coups une épaisse muraille,

Que perce et démolit l’incessante mitraille,

Mille ennemis sont là ; mais eux, vaillants et forts,

Rompent des bataillons, escaladent des forts ;

Et si, dans la mêlée, un boulet les emporte,

Si la balle en passant les renverse, qu’importe ?

Car, pour les voir tomber et mourir sans terreur,

Ils ont deux grands témoins,

la France et l’Empereur.

 

Hélas ! Bientôt la nuit, la mère des mensonges,

Dans les plis de sa robe emporte tous les songes !

Le matin reparait, mais il ne reste plus

Que de pauvres soldats, éclopés et perclus,

Débris de corps humains, vieilles lames rouillées

Par l’âge et les combats moitiés dépareillées.

Ils accueillent souvent par un juron brutal

La goutte qui les tient sur un lit d’hôpital ;

Mais leur caducité s’entoure de trophées ;

Au feu des souvenirs leurs âmes réchauffées

Vers un passé sublime ont repris leur essor ;

Ils ont rêvé de gloire !…Ils sont heureux encor.

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Source : article L’Invalide de  Emile De la Bédollierre dans  Les Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du XIXe siècle éditée par Léon  Curmer. Réédité par  Omnibus en février 2003.




Il était 3 invalides

29092007

Sous Louis-Philippe, à l’Hôtel des Invalides, on pouvait distinguer 3 catégories d’anciens combattants. Chez les Français, peuple chanteur, on peut juger des hommes par les couplets qu’ils affectionnent, et les invalides ne font pasexception à larègleAinsi,nous reconnaissons dans :

Les dragons Dauphin 

Aiment le bon vin 

Et la compagnie (bis)  ils donnent le matin

A ce jus si divin 

Et la nuit à Sylvie 

 l’invalide de Louis XVI.

Dans :

Plutôt la mort que l’esclavage

C’est la devise des Français

l’invalide de la République.

Dans :

Ah ! Qu’on est fier d’être Français Quand on regarde la colonne

le grognard de la vieille garde.

L’Invalide de Louis XVI a fait la guerre de Hanovre,avant 1783 ; mais, depuis cette époque, il a servi la Convention, le Consulat, l’Empire, la Restauration, avec la même indifférence et la même fidélité passive. On assure qu’un noble sang coule dans ses veines. Son père, grand seigneur jouissant d’un revenu de cent mile livres, lui laissa une rente de 615,75 F. C’est un gentilhomme. Il est poli avec prétention, galant avec afféterie, coquet avec recherche. Il montre une mansuétude qui n’est pas de la bonté, une bonté qui n’est point de la bienveillance. Son embonpoint et sa fraicheur d’octogénaire témoigne des bons effets de la cuisine de l’hôtel, à laquelle sa gastronomie ajoute, de temps à autre, une truite, un homard ou des truffes. Il s’est longtemps enorgueilli d’une croix de Saint-Louis, dont Louis XVIII l’a décoré ; mais,depuis 1830, il met à la dissimuler autant de soin qu’il en mettait jadis à la faire voir.

Sans lui tenir compte de cette rennciation volontaire, le troupier de la République lui adapte l’épithète d’aristocrate. Celui-ci assistait au siège de Bréda, et faisait partiedu détachement de cavalerie qui, en l’an III, s’empara de la flotte hollandaise retenue dans letexelparlesglaces. Ila été réformé dès 1804, mais sa dernière blessure date de 1814 ; il l’a reçue au siège de Paris. Il a horreur des prêtres, et ne voit pas sa soeur, sa seule parente, gouvernante à la Visitation, car, dit-il, elle est de la calotte. Son puritanisme n’a jamais pu s’accoutumer à accoler au nom des rues la qualification de saints ; il dit : Dominique, le faubourg Honoré, et même la rue Roch, ce qui n’est guère euphonique. Il regrette Hoche et Kléber, et persiste à désigner Napoléon sous le titre de général Buonaparte.

Buonaparte ! s’écrie l’invalide de la vieille garde, Buonaparte ! Dites donc Napoléon s’il vous plaît, autrement nous serions forcés de nous rafraîchir d’un coup de sabre, et çà deviendrait désagréable. Tonnerre ! C’était çaunhomme ! Tous vos généraux à cadenettes ne sont pas dignes de lui cirer ses bottes. Et dire que les Anglais !…Mais, non allez, il n’est pas mort ! Ceux qui soutiennent qu’il est mort ne le connaissent pas ; il en est incapable. Dieu de Dieu ! S’il revenait….Quel tremblement !

Ces paroles émanent  d’un individu porteur d’une face balafrée, d’une pipe culotée, d’un pantalon bleu et de guêtres blanches ; on est en décembre. Ce soldat modèle, plié àtoutes les exigences du service, à la discipline, aux fatigues, aux privations, est entré dans la garde à la formation, et en est sorti au licenciement. Son existence a commencé à Austerlitz et fini au Mont-St-Jean. La charge, la fusillade, l’Empereur galopant au milieu d’un nuage de poussière et de fumée,voilà toute sa vie ; avant et après, il n’y a rien. Il se croit encore de la vieille  garde ; le ruban de sa croix est plié comme celui dessoldats de la vieille garde,et il a soin de faire retaper ses chapeaux neufs dans le style de la vieille garde,par un de ses anciens camarades. En s’appuyant sur une pièce de canon aux armes d’Autriche, il s’imagine toujours être à Vienne. Le gouvernement de Napoléon est à ses yeux le seul grand, le seul légitime, le seul logique. Si vous causez avec lui du ministère  :-Ne me parlez pas des ministres, dit-il, c’est des « clampins »qui « caponnent »devant les puissances étrangères ;l’Empereur secomportait autrement avec celles; votre coq ne vaut pas notre aigle ! -Ah ! Ils sont rudement travaillés parl’opposition….! -Ne me parlez pas de l’opposition, c’est un tas decriailleurs qui ne savent ni ce qu’ils disent, ni ce qu’ils veulent! -Lesjournaux…! -Ne me parlez pas des journaux ; l’Empereur savait leur couper le sifflet, à tous ces merlesdejournalistes! -laChambre….! -Ne me parlez pas de la Chambre; les députés sont tous des bavards, l’Empereur les jetait par la fenêtre;ils ne sont bons qu’à ça ! -Et de qui diable voulez-vous qu’on vous parle ? -De l’Empereur !

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 Source : article L’Invalide de  Emile De la Bédollierre dans  Les Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du XIXe siècle éditée par Léon  Curmer. Réédité par  Omnibus en février 2003.

 




La vie quotidienne aux Invalides en 1840 (2) : Des enfants aux divertissements

28092007

Un petit garçon a un tambour qu’il tambourine…Il a un uniforme qui est celle des tapins des Invalides….C’est les enfants des estropiés de l’Hôtel qui font partie du petit-état-major du lieu. Voués au service, et provisoirement destinés à régulariser au son du tambour l’emploi de la journée, ces apprentis-soldats ont déjà une allure militaire voire même des moeurs de garnison. -Ohé ! criait l’un d’eux à un camarade, viens-tu jouer à la pigoche ?  -J’ peux pas, j’vas promener avec ma femme. celui qui répondait ainsi âgé de 13 ans, et sa femme était la fille très mineure d’une marchande de pommes du Quinconce. Triste précocité !

A la tête des jeunes tapins se pavane, droit comme la canne, qu’il fait tournoyer, un élégant tambour-major. A sa tournure martiale, aux cicatrices qui ennoblissent et détériorent sa physionomie, on voit qu’il n’a pas toujours eu des enfants à condure, et qu’il se rappelle encore le temps où, placé en tête de son régiment, il était le premier à offrir aux balles ennemies sa poitrine d’athlète. ce beau cavalier est un favori des dames, que son excellente tenue, la propreté de sa mise, la grâce de ses entrechats, la galantrie de ses discours font rechercher dans les guinguettes des barrières voisines. Les conscrits prétendent qu’il est torride avec les femmes. Il prime au Salon de Mars et au Grand Vainqueur, où tous les jours de fêtes, il consomme un nombre incalculable de contredanses à dix centimes la pièce. Il n’a d’autres rivaux qu’un sien collègue, amputé des deux jambes, instruit jadis dans l’art de la danse par les jeunes filles d’outre-Rhin. L’agilité de ce dernier est vraiment phénoménale. Les violons le suivent à peine, la galerie le contemple avec admiration. Comme il saute, comme il gambade, comme il pirouette, comme il tournoie, plus solide sur ses jarrets de chêne qu’un habitant des landes sur ses échasses ! C’est un zéphir en uniforme d’invalides ; c’est Vestris en jambes de bois.

tambour-majour et tapins

Tambour-major menant les tapins

l'invalide au bal

Au bal

Les guinguettes, où brillent le dimanche des danseurs plus ou moins ingambes, sont journellement le rendez-vous d’un grand nombre d’invalides. Le litre quotidienne suffit pas à ces vieillards altérés. Parfois même leur goût blasé dédaigne  le vin commeun liquide trop fade ettrop insipide, et ils vendent  leur rationpour se procurer du schnick, boisson plus militaire, dont ils ont contracté l’habitude dans les bivouacs.

Deux camarades de chambrée se rencontrent rarement sans être affectés d’une soif contagieuse. Ils vont s’attabler dans un cabaret, dissertent sur l’Empire et sur l’Empereur, et réunissent autour d’eux des groupes d’auditeurs attentifs. Parfois la conversation s’échauffe, les convives ne sont pas d’accord :-Je te dis que cette charge a été faite par le 3e Hussards ! -Je te dis que c’est par le 7e dragons ! -Je te dis que c’est par le 3e hussards !-Je te dis que si !-Je te dis que non ! La querelle s’engage ; la discussion commencée sur la table et se termine dessous.  C’est là , d’ordinaire, que s’opère le raccommodement. Ons’essuie, on s’examine ; personne n’est blessé ; il n’y a d’ouvrage que pour le tourneur, et l’un des antagonitess’écrie avec effusion :-garçon, du même, et même qu’il soit meilleur ; c’est moi qui régale ! -Ne l’écoutes pas, garçon ; la dépense est pour moi ! -laisse-moi donc, laisse-moi donc ! -Non, je n’entends pas ça ! De nouvelles disputes vont suivre cet assaut de générosité, mais le premier interlocuteur a déposé son écot sur le comptoir, et son camarade cède en disant :-Allons, puisque tu y tiens…!

rande discussion a l'auberge

Discussion vive à l’auberge

Bientôt le vin renverse ces inébranlables soldats ; ils trouvent en lui un ennemi plus perfide que l’Anglais, plus formidable que l’Autrichien. Eux qui n’ont jamais bronché devant l’artillerie, rentrent  en chancelant à l’Hôtel, où les recevra la salle de police, où la capote de punition remplacera leur uniforme souillé. Grâce pour les coupables ! ils ont parlé de leurs campagnes, et la gloire entre pour beaucoup dans leur ivresse.

Il en est qui ont conservé pour le sexe un irrésistible penchant.Une jambe, un bras enmoins n’empêchent point leur coeur d’être intact,et, pour être refroidie, leurs ardeurs ne sont pas éteintes;Ilsnepeuvenguèrepayer de leurpersonne,mais ils charment les oreilles par des chansons grivoises et de graveleux calembours. Il se passe dans les fossés du Champ-de-Mars des scènes qu’heureusement la nuit dissimule. Il est pénible quand on a été l’amant de tant de belles européennes,voir même de Mauresques et d’Egyptiennes d’en être réduit aux vénales beautés du gros-caillou…Mais qu’y faire?

Aux extrêmités latérales de l’hôtel s’étend une file de petits jardins. Chaque invalide adû primitivement avoir le sien ; mais la guerre a démesurément augmenté la population de ces lieux ; et, aujourd’hui, les jardinets sont accordés par faveur spéciale après le décès des usufruitiers. L’invalide horticulteur s’attache à la glèbe de son enclos, s’immobilise au milieu de ses plantes chéries, se dessèche avec elles en hiver, et renaît avec les premiers bourgeons. Sa vigne, arrondie en berceau, est ornée d’une statue en plâtre de l’Empereur, qu’on rentre avant les gelées ; c’est l’idole de l’horticulteur. Il la couronne, la couvre de bouquets, l’embellit de drapeaux tricolores, le regarde avec adoration, sans s’apercevoir que le contenu de son arrosoir s’épand en ruisseau  sur les objets voisins. La contemplation de son fétiche est seule capable de détourner passagèrement l’infatigable jardinier de la culture de ses dahlias, qui lui ontvalu une mention honorable de la Société d’encouragement. Malheur à qui chercherait à s’introduire dans ce temple en plein vent élevé à Napoléon ! Le vieux soldat a failli assommer un tapin que la curiosité avait amené aux pieds de la statue, et il a laissé pour mort un chien qui en avait immodestement sali le piédestal. C’est, du reste, un excellent homme.

invalide horticulteur

L’invalide pêcheur, lui, muni d’une boîte d’asticots  et d’une canne à ligne, s’établit dès le matin sur un train de bois, près de l’embouchure d’un égout ; situation peu odoriférante, mais propice aux captures. Là, il attend que lepoissonmorde ; mais le bateau à vapeur de Saint-Cloud vient  à passer, les roues géantes soulèvent d’énormes flaques d’eau, et la proie espérées’enfuit. Au diable la vapeur! murmure l’invalide ; pas moyen de pêcher une ablette ! Du temps de l’Empereur, on ne tolérait pas toutes ces saloperies, qui ôtent lesbras du pauvre peuple. » Et rengainant sa ligne, il s’éloigne en accablant de malédictions la vapeur et ses bateaux.

invalide pêcheur

Il y a parmi les invalides une race d’élite, qui dédaigne les cabarets, les femmes, la culture et la pêche. Les membres de cette société choisie sereconnaissent à leur front chauve et lisse, coiffé d’une calotte de soie noire ; ils se rassemblent à la bibliothèque, promènent sur les journaux leurs yeux armés de lunettes, et dévorent les nombreux mémoires de l’époque impériale. Souvent, ils se groupent sous les portiques, et discutent entre eux des points de tactique, comme des avocats discuteraient des points de droit.  Ils traçent des plans de bataille avec leurs cannes, représentent les fleuves en abrégé, au moyen du fluide que sécrètent leurs glandes salivaires et marquent par des pincées de tabac, la place des batteries.  Ils jugent les généraux et font des parallèles à la manière de Plutarque. Vous sauriez, en les écoutant, à qui est dû réellement le plan  detelle ou telle bataille ; vous connaîtriez la cause de l’inaction de Bernadotte à Auerstaedt, et de tel autre général en Espagne ; ils vous répéteraient le mot énergique  que prononça Cambronne à Waterloo. Passant de Hondschoote  à Wissembourg, de Borodino à la Bérézina, d’Iéna à Leipzig,  ils donnent un sourire de joie à tous les triomphes, une larme à tous les revers. Grâceà Dieu, ils ont peu de larmes à verser !

Source : article L’invalide de Emile  de Labedollierre dans Les Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du XIXe siècle  éditée par Léon Curmer. Réédition de février 2003 chez Omnibus.




La vie quotidienne aux Invalides en 1840 (1) : Traitements apportés aux vétérans

26092007

Les Invalides doivent beaucoup à Napoléon. Depuis son règne, ils sont traités come des princes, et plus heureux que des princes,ar ils sont à l’abri des révolutions. la dotatin d’un milion huit cent mille francs qu’il leur avait constituée a cessé de leur appartenir, mais ils ont leur quote-part du budget. leur grand consei administratif et leur état-major se composent de personnes honorées et dignes de l’être. Il leur  est alloué une paie de 3 francs par mois (les anciens disent 3 livres) à la charge de donner un sou par barbe au perruquier qui les rase. Leurs tables sont garnies 2 fois ar jour, à dix heures et à quatre heures, de soupes succulentes et de ragoûts habilement assaisonnés. L’ordinaire est de 2 plats pour les soldats, de 3 pour les officiers. Le maigre exclusif est inconnu dans l’h'ôtel, même le vendredi saint. le menu de chaque mois, dressé par l’état-major, signé par le maréchal gouverneur, est affiché dans les réfectoires et soumis à la censure des intéressés. Sitôt que le tambour a donné le signal du repas, un cliquetis de casseroles ébranle les cuisines ; de grandes flammes s’élançent des fourneaux, et projettent de rougeâtres clartés sur le cuivre des chaudières. L’argenterie des officiers, présent de l’impératrice Marie-Louise, sort propre et luisante de son armoire. Des légions de cuisiniers, de marmitons, de garçons de tables entassent les mets sur desbrancards, sur des camions, et les portent ou les voiturent jusqu’à la salle du festin.

Exercent-ils des métiers hors de l’hôtel ; sont-ils concierges par eux-mêmes ou par leurs femmes, les invalides, pourvu que leur conduite soit régulière, obtiennent aisément la faculté d’emporter leurs rations quotidiennes, et de les partager avec leurs familles la dscipline à laquell ils obéissent est d’une élasticité ommode. Etre présents à l’appel àneuf heures du soir, quand ils n’ont pas l’autorisation de découcher, assiter en bonne tenue à l’inspection mensuelle, s’armer de leurs sabres quand ils sont de service, voilà à près tout ce qu’on exige d’eux. Ils se lèvent, rentrent, sortent, vont et viennent à volonté. On en rencontre dans tous les coins de Paris, appuyés sur leur canne, ou la prtant suspendue à la boutonnière, sans compter ceux qu’on emploie à surveiller les plâtras et à garder les pavés : faibles défenseurs plus imposants par ce qu’ils furent que par ce qu’ils sont.

Les chambres d’invalides ressemblent , alors, à celles des auberges de villages, mais la plus grande propreté y règne ; l’air et la lumière y circulent librement ; les murs sont peints en jaune à la colle et mouchetés de portraits de Napoléon ; chaque lit a pour annexe une armoire, et est au besoin entaillé au chevet d’une échancrure où s’adapte la jambe de bois du dormeur. Si les dortoirs ne sont point chauffés, du moins le nombre des couvertures accordé à chaque pensionnaire est porté  d’une à trois en raison de la rigueur du froid, et, pendant les journées d’hiver, de spacieux chauffoirs exclusivement réservés aux fumeurs, et d’autres où la pipe est interdite.

La sollicitude dont on entoure les invalides redouble en proportion de leurs infirmités. Le service de santé, organisé avec la régularité la plus scrupuleuse, est divisé en 2 sections, celle des affecions aigûes et celle des affections chroniques. la dernière comprend des valétudinaires, soumis plutôt à un régime hygiénique qu’à un traitement médical, et dont l’âge, compliqué par des rhumatismes, est la principale maladie. La plupart s’accomodent difficilement de la diète et de la tisane gommée, et si le médecin en chef leur accorde la permisson de sortir, ils figurent souvent sur le rapport du lendemain avec une note comme celle-ci :N°15. Rentré dans un état d’ivresse. L’infirmier ajoute sur la dictée du docteur :Lui supprimer le vin ; ne lui laisser mettre que la capote de l’infirmerie.

Ceux dont les vieilles blessures ne se sont jamais complètement fermées se présentent tous les matins au bureau des pansements où on leur administre les secours que leur état nécessite. Les dimanches, les officiers de santé s’assemblent en conseil, et reçoivent solennellement les pétitions orales desinvalides ; il faut aux uns des gilets de flanelle, aux autres des lunettes,des bandages herniaires,etc. la oncurrrence est active, les réclamations sont nombreuses ; ce que l’on a accordé à Pierre, Paul veut l’obtenir, et les membres du conseil, compatissants pour les faiblesses morales et  physiques, mettent tout le monde d’accord par une répartition presque égale de leurs bienfaits.

Les invalides asez séniles et assez âgés pour avoir besoin des soins accordés à l’enfance ou pour être nourris comme des nouveaux-nés, des mains officiieuses les servent avec empressement. On appelle ces quasi-centenaires les moines lais, nom donné jadis aux soldats estropiés que le roi plaçait dans les abbayes de sa nomination. Les plus écrépis sont relégués à l’infirmerie, et notamment dans la salle de la Victoire, réceptacle des misères humaines affublé come par ironie d’une fastueuse dénomination, espèce d’antichambre de la tombe, où chacun attend son tour avec une apathique philosophie.

Jeune fille visitant son pere

Jeune fille venant visiter son père

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Souvent, les vétérans, dans leurs intervalles lucides,  se prennent à regretter de n’être pas restés sur le champ de bataille, quand la mort leur apparaissait glorieuse, presque digne d’envie, et le front ceint d’une radieuse auréole ; mais, grâce au ciel, leur étape en ce monde ne tarde pas à s’achever. Chapelains, chirurgiens, pharmaciens leur prodiguent secours spirituels et temporels tandisque leur yeux sont fermés par les soeurs de charité de St-Vincent-de Paul qui veillent au lit de mort des hommes de guerre.

Pourquoi n’a-t-on pas mis à exécution le projet de Napoléon, qui songeait à convertir l’esplanade en Elysée militaire ? on jette les soldats qui meurent à l’hôtel dans un coin du cimetière du Mont-Parnasse ; leurs noms sont oubliés ; quelques coups de fusils sont toute leur apothéose, et la noire croix de bois qui s’élève un moment sur leurs tombes se confond bientôt avec la poussière du dernier séjour.

Source : article L’Invalide de  Emile De la Bédollierre dans  Les Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du XIXe siècle éditée par Léon  Curmer. Réédité par  Omnibus en février 2003.

 

 




L’Hôtel des Invalides : De Louis XIV à Napoléon Ier

25092007

1670 : Louis XIV règne sur la France.  En ce début d’année, le roi a un projet grandiose en tête ; il ne s’agit pas cette fois d’une nouvelle campagne mais de quelque chose de bien plus durable : La construction d’un hotel royal à Paris, au bout du fauboug St-Germain, pour abriter les derniers jours de ses vieux soldats. Une ordonnance, à ce sujet, parait le 2 février. 

La première pierre est posée le 30.1.1671 mais il faudra attendre 20 ans  avant l’achèvement du gros oeuvre. L’inauguration de l’église du dôme, elle, eut lieu le 28.08.1706.

Le roi-soleil fit 5 visites aux Invalides. Celle qui devait rester dans toutes les mémoires et servir de modèle aux suvantes est celle du 14.07.1701. ce jour-là, le roi visita tout l’hôtel : l’église, l’apothicairerie, les réfectoires où il assiste au souper des vieux soldats ; à l’infirmerie il s’extasia sur la verdeur d’un pensionnaire de 104 ans aux infirmeries. Puis, sur le coup, de 7 h, aux sons des tambours et des trompettes, il remonte en carosse entre  2 rangées d’invalides sous les armes.

Le 16.05.1717, jour de la Pentecôte, l’Hôtel des Invalides reçoit un invité de marque : le tsar Pierre Ier. Ce dernier ser tellement marqué par sa visite qu’une fois de retour à St-Petersbourg, décidé à en faire autant et il érigea un tel édifice au faubourg de Viborg à St-petersbourg, su la rive droite de la Néva.

1766 : Parmentier est reçu à 29 ans au concours de « pharmacien gagant maîtrise » aux invalides. Désormais, deux fois par jour, l’apothicaire visite les malades à la suite du médecin et des deux chirurgiens, habilités  à pratiquer les saignées.  C’est dans le petit jardinet, secrètemen annexé, pès de l’église du Dôme, qu’il commence ses premières cultures de pommes de terre avant d’obtenir, en 1786, les 54 arpents de terre dans la plaine des Sablons de Neuilly. Il fait surveiller le cham des sablons, mais seulement durant la journée ; la population, intriguée, s’empresse d’envahir le site chaque nuit pour dérober les précieux tubercules…A la grande joie du savant. Sous la Terreur, les invalides l’accusent d’avoir planté ses pommes de terre dans le cimetière de l’Hôtel pendant que les élus des comités révolutionnaires crient après lui : Ne votez pas pour lui, il va vous faire manger des pommes de terre. Malgré celà, Parmentier continuera son oeuvre jusqu’à sa mort le 17.12.1813, et restera la célébrité la plus étonnante de l’Hôtel des Invalides.

Le 12.06.1788, Louis XVI se rend aux Invalides, où il interroge un officier âgé de 99 ans qui servit sous Louis XIV, et en sort ravi. Onze jours plus tard, c’est le tour de la reine Marie-Antoinette, accompagnée de sa fille madame Royale et de sa belle-soeur madame Elisabeth. La reine est acclamée par les vieux soudards.

Le 14.07.1789, des émeutiers menés par Ethys de Corny, procureur du roi, Dominique Larrey (le futur chirurgien aux armées) et Camille Desmoulins se rendent aux invalides pour réclamer des armes. Ce dernier, le marquis de Sombreuil tente de calmer la foule, en vain. Un officier commande alors  aux artilleurs de faire feu, mais ceux-ci n’obéissent pas  et les vétérans  ouvrent eux-mêmes le sportes aux assaillants. 32.000 fusils  sont enlevés avec 27 canons.

En mars 1791, Dubois-Crancé demande la supression de l’hôtel destiné, selon lui, à des privilégiés. L’abbé Maury, le ténor de la contre-révolution lui fait face : Comment légitimerez-vous la barbarie de rejeter de leur asile des militaire invalides, pour leur donner une pension à tant par bras perdus au service de la patrie, come si un homme qui unbras demoins pourra vivre avec cent livres de plus quand il sera isolé…Finalement, le 30.04, un décret de l’Assemblée décide que l’établissement connu sous le nom d’hôtel des invalides est conservé sous la dénomination d’Hôtel National des Militaires Invalides

Le  1er vendémiaire an IX (23.09.1800), la dépouille de Turenne entre aux Invalidessous les roulements de tambours, ordres brefs, et silence  du recueillement des vieux soldats. Le lendemain, c’est au tour du du Premier Consul de se rendre sous le dôme pour célébrer l’anniversaire de la fondation de la République. Napoléon Bonaparte s’est fait, par ses nombreuses victoires, une place bien au chaud au fond du coeur des vieux briscards et ceux-ci l’acclament à tout rompre. Lorsque le lendemain du 3 nivôse an IX (24.12.1800), les invalides apprennt l’attetat de la rue st-Nicaise, ils adressentleur soutien au chef de l’Etat et forment des voeux pour l’avenir. Toutefois, lorsque le 28 floréal an XII (18.05.1804) proclame l’Empire, les  vétérans des Invalides n’apprécient pas celà. Certains vont même juqu’à quitter l’Hôtel après l’exécution du duc d’Enghien. Napoléon décide alors de frapper un grand coup  en choisissant ce lieu pour la cérémonie  des premières remises de la légion d’Honneur. Pour vaincre les dernières réticences, il décide de profiter  de l’occasion pour célébrer le 14.07 avec faste. Et comme il souhaite  la présence du Tout-Paris, il choisit la date du 26 mesidor an XII (15.07.1804), le dimanche, jour de repos, au temple de mars, sous le dôme des Invalides, rendu au culte à sa demande. Ce jour-là, tout le long de la cérémonie, l’émotion  étreint l’assistance. Les obscurs ont le même traitement que les clébrités, napoléon s’entretient avec chacun, et, en épinglant la croix, complimente les plus braves, s’inquiète de leur santé ou blessures, soutient  les invalides qui chancèlent sur les marches. Les anciens sont conquis.

Un mois plus tard, ils reçoivent la visite de l’ Joséphine. Elle vient entendre un Te Deum pour l’anniversaire de l’Empereur. Pour cette occasion, les invalides ont astiqués leurs beaux habits pour faire une garde d’honneur à l’impératrice.

Le 25.10.1806, Napoléon,  à Potsdam, s’empare de  l’épée de feu de  l’empereur de Prusse Frédéric II et, le 17.05.1807, celle-ci est remise en grande pompe à l’hôtel des Invalides. L’empereur n’y assiste pas car il marche, au même moment sur Koenigsberg et se prépare à livrer la bataille de friedland; Mais, à son retour de campagne, sa première visite est, le 11.02.1808, pour les Invalides. Sans apparat, accompagné seulement  du grand-duc de Berg (Murat) et du prince de Neuchâtel (Berthier), il pénètre dans l’église  au milieu des vétérans qui l’assaillent de questions, écoute les doléances de chacun, vide sa bourse et tire quelques oreilles. Ensuite, tout, comme le fitLouis XIV bien avant lui, Napoléon ait une visite complète des invalides.

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Le 25.03.1811, l’Empereur dote l’Hôtel d’un budget de 6 millions de francs. les invalides vivent alors un véritable âge d’or tout au long du règne impérial. C’est à euxque revient l’honneur d’annoncer les victoires du petit caporal  ainsi que mariage, et, surtout, la naissance et le baptême du roi de Rome.

Le 15.12.1840, l’Empereur, enfin de retour de Ste-Hélène, venait reposer définitivement, aux Invalides où il sera veillé jalousement par les vétérans de l’Hôtel. Cent ans plus tard, le fils viendrait, à son tour rejoindre le père.

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Source :  L’Hôtel des Invalides de Anne Muratori-Philip

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