La vie quotidienne aux Invalides en 1840 (2) : Des enfants aux divertissements

28092007

Un petit garçon a un tambour qu’il tambourine…Il a un uniforme qui est celle des tapins des Invalides….C’est les enfants des estropiés de l’Hôtel qui font partie du petit-état-major du lieu. Voués au service, et provisoirement destinés à régulariser au son du tambour l’emploi de la journée, ces apprentis-soldats ont déjà une allure militaire voire même des moeurs de garnison. -Ohé ! criait l’un d’eux à un camarade, viens-tu jouer à la pigoche ?  -J’ peux pas, j’vas promener avec ma femme. celui qui répondait ainsi âgé de 13 ans, et sa femme était la fille très mineure d’une marchande de pommes du Quinconce. Triste précocité !

A la tête des jeunes tapins se pavane, droit comme la canne, qu’il fait tournoyer, un élégant tambour-major. A sa tournure martiale, aux cicatrices qui ennoblissent et détériorent sa physionomie, on voit qu’il n’a pas toujours eu des enfants à condure, et qu’il se rappelle encore le temps où, placé en tête de son régiment, il était le premier à offrir aux balles ennemies sa poitrine d’athlète. ce beau cavalier est un favori des dames, que son excellente tenue, la propreté de sa mise, la grâce de ses entrechats, la galantrie de ses discours font rechercher dans les guinguettes des barrières voisines. Les conscrits prétendent qu’il est torride avec les femmes. Il prime au Salon de Mars et au Grand Vainqueur, où tous les jours de fêtes, il consomme un nombre incalculable de contredanses à dix centimes la pièce. Il n’a d’autres rivaux qu’un sien collègue, amputé des deux jambes, instruit jadis dans l’art de la danse par les jeunes filles d’outre-Rhin. L’agilité de ce dernier est vraiment phénoménale. Les violons le suivent à peine, la galerie le contemple avec admiration. Comme il saute, comme il gambade, comme il pirouette, comme il tournoie, plus solide sur ses jarrets de chêne qu’un habitant des landes sur ses échasses ! C’est un zéphir en uniforme d’invalides ; c’est Vestris en jambes de bois.

tambour-majour et tapins

Tambour-major menant les tapins

l'invalide au bal

Au bal

Les guinguettes, où brillent le dimanche des danseurs plus ou moins ingambes, sont journellement le rendez-vous d’un grand nombre d’invalides. Le litre quotidienne suffit pas à ces vieillards altérés. Parfois même leur goût blasé dédaigne  le vin commeun liquide trop fade ettrop insipide, et ils vendent  leur rationpour se procurer du schnick, boisson plus militaire, dont ils ont contracté l’habitude dans les bivouacs.

Deux camarades de chambrée se rencontrent rarement sans être affectés d’une soif contagieuse. Ils vont s’attabler dans un cabaret, dissertent sur l’Empire et sur l’Empereur, et réunissent autour d’eux des groupes d’auditeurs attentifs. Parfois la conversation s’échauffe, les convives ne sont pas d’accord :-Je te dis que cette charge a été faite par le 3e Hussards ! -Je te dis que c’est par le 7e dragons ! -Je te dis que c’est par le 3e hussards !-Je te dis que si !-Je te dis que non ! La querelle s’engage ; la discussion commencée sur la table et se termine dessous.  C’est là , d’ordinaire, que s’opère le raccommodement. Ons’essuie, on s’examine ; personne n’est blessé ; il n’y a d’ouvrage que pour le tourneur, et l’un des antagonitess’écrie avec effusion :-garçon, du même, et même qu’il soit meilleur ; c’est moi qui régale ! -Ne l’écoutes pas, garçon ; la dépense est pour moi ! -laisse-moi donc, laisse-moi donc ! -Non, je n’entends pas ça ! De nouvelles disputes vont suivre cet assaut de générosité, mais le premier interlocuteur a déposé son écot sur le comptoir, et son camarade cède en disant :-Allons, puisque tu y tiens…!

rande discussion a l'auberge

Discussion vive à l’auberge

Bientôt le vin renverse ces inébranlables soldats ; ils trouvent en lui un ennemi plus perfide que l’Anglais, plus formidable que l’Autrichien. Eux qui n’ont jamais bronché devant l’artillerie, rentrent  en chancelant à l’Hôtel, où les recevra la salle de police, où la capote de punition remplacera leur uniforme souillé. Grâce pour les coupables ! ils ont parlé de leurs campagnes, et la gloire entre pour beaucoup dans leur ivresse.

Il en est qui ont conservé pour le sexe un irrésistible penchant.Une jambe, un bras enmoins n’empêchent point leur coeur d’être intact,et, pour être refroidie, leurs ardeurs ne sont pas éteintes;Ilsnepeuvenguèrepayer de leurpersonne,mais ils charment les oreilles par des chansons grivoises et de graveleux calembours. Il se passe dans les fossés du Champ-de-Mars des scènes qu’heureusement la nuit dissimule. Il est pénible quand on a été l’amant de tant de belles européennes,voir même de Mauresques et d’Egyptiennes d’en être réduit aux vénales beautés du gros-caillou…Mais qu’y faire?

Aux extrêmités latérales de l’hôtel s’étend une file de petits jardins. Chaque invalide adû primitivement avoir le sien ; mais la guerre a démesurément augmenté la population de ces lieux ; et, aujourd’hui, les jardinets sont accordés par faveur spéciale après le décès des usufruitiers. L’invalide horticulteur s’attache à la glèbe de son enclos, s’immobilise au milieu de ses plantes chéries, se dessèche avec elles en hiver, et renaît avec les premiers bourgeons. Sa vigne, arrondie en berceau, est ornée d’une statue en plâtre de l’Empereur, qu’on rentre avant les gelées ; c’est l’idole de l’horticulteur. Il la couronne, la couvre de bouquets, l’embellit de drapeaux tricolores, le regarde avec adoration, sans s’apercevoir que le contenu de son arrosoir s’épand en ruisseau  sur les objets voisins. La contemplation de son fétiche est seule capable de détourner passagèrement l’infatigable jardinier de la culture de ses dahlias, qui lui ontvalu une mention honorable de la Société d’encouragement. Malheur à qui chercherait à s’introduire dans ce temple en plein vent élevé à Napoléon ! Le vieux soldat a failli assommer un tapin que la curiosité avait amené aux pieds de la statue, et il a laissé pour mort un chien qui en avait immodestement sali le piédestal. C’est, du reste, un excellent homme.

invalide horticulteur

L’invalide pêcheur, lui, muni d’une boîte d’asticots  et d’une canne à ligne, s’établit dès le matin sur un train de bois, près de l’embouchure d’un égout ; situation peu odoriférante, mais propice aux captures. Là, il attend que lepoissonmorde ; mais le bateau à vapeur de Saint-Cloud vient  à passer, les roues géantes soulèvent d’énormes flaques d’eau, et la proie espérées’enfuit. Au diable la vapeur! murmure l’invalide ; pas moyen de pêcher une ablette ! Du temps de l’Empereur, on ne tolérait pas toutes ces saloperies, qui ôtent lesbras du pauvre peuple. » Et rengainant sa ligne, il s’éloigne en accablant de malédictions la vapeur et ses bateaux.

invalide pêcheur

Il y a parmi les invalides une race d’élite, qui dédaigne les cabarets, les femmes, la culture et la pêche. Les membres de cette société choisie sereconnaissent à leur front chauve et lisse, coiffé d’une calotte de soie noire ; ils se rassemblent à la bibliothèque, promènent sur les journaux leurs yeux armés de lunettes, et dévorent les nombreux mémoires de l’époque impériale. Souvent, ils se groupent sous les portiques, et discutent entre eux des points de tactique, comme des avocats discuteraient des points de droit.  Ils traçent des plans de bataille avec leurs cannes, représentent les fleuves en abrégé, au moyen du fluide que sécrètent leurs glandes salivaires et marquent par des pincées de tabac, la place des batteries.  Ils jugent les généraux et font des parallèles à la manière de Plutarque. Vous sauriez, en les écoutant, à qui est dû réellement le plan  detelle ou telle bataille ; vous connaîtriez la cause de l’inaction de Bernadotte à Auerstaedt, et de tel autre général en Espagne ; ils vous répéteraient le mot énergique  que prononça Cambronne à Waterloo. Passant de Hondschoote  à Wissembourg, de Borodino à la Bérézina, d’Iéna à Leipzig,  ils donnent un sourire de joie à tous les triomphes, une larme à tous les revers. Grâceà Dieu, ils ont peu de larmes à verser !

Source : article L’invalide de Emile  de Labedollierre dans Les Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du XIXe siècle  éditée par Léon Curmer. Réédition de février 2003 chez Omnibus.




La vie quotidienne aux Invalides en 1840 (1) : Traitements apportés aux vétérans

26092007

Les Invalides doivent beaucoup à Napoléon. Depuis son règne, ils sont traités come des princes, et plus heureux que des princes,ar ils sont à l’abri des révolutions. la dotatin d’un milion huit cent mille francs qu’il leur avait constituée a cessé de leur appartenir, mais ils ont leur quote-part du budget. leur grand consei administratif et leur état-major se composent de personnes honorées et dignes de l’être. Il leur  est alloué une paie de 3 francs par mois (les anciens disent 3 livres) à la charge de donner un sou par barbe au perruquier qui les rase. Leurs tables sont garnies 2 fois ar jour, à dix heures et à quatre heures, de soupes succulentes et de ragoûts habilement assaisonnés. L’ordinaire est de 2 plats pour les soldats, de 3 pour les officiers. Le maigre exclusif est inconnu dans l’h'ôtel, même le vendredi saint. le menu de chaque mois, dressé par l’état-major, signé par le maréchal gouverneur, est affiché dans les réfectoires et soumis à la censure des intéressés. Sitôt que le tambour a donné le signal du repas, un cliquetis de casseroles ébranle les cuisines ; de grandes flammes s’élançent des fourneaux, et projettent de rougeâtres clartés sur le cuivre des chaudières. L’argenterie des officiers, présent de l’impératrice Marie-Louise, sort propre et luisante de son armoire. Des légions de cuisiniers, de marmitons, de garçons de tables entassent les mets sur desbrancards, sur des camions, et les portent ou les voiturent jusqu’à la salle du festin.

Exercent-ils des métiers hors de l’hôtel ; sont-ils concierges par eux-mêmes ou par leurs femmes, les invalides, pourvu que leur conduite soit régulière, obtiennent aisément la faculté d’emporter leurs rations quotidiennes, et de les partager avec leurs familles la dscipline à laquell ils obéissent est d’une élasticité ommode. Etre présents à l’appel àneuf heures du soir, quand ils n’ont pas l’autorisation de découcher, assiter en bonne tenue à l’inspection mensuelle, s’armer de leurs sabres quand ils sont de service, voilà à près tout ce qu’on exige d’eux. Ils se lèvent, rentrent, sortent, vont et viennent à volonté. On en rencontre dans tous les coins de Paris, appuyés sur leur canne, ou la prtant suspendue à la boutonnière, sans compter ceux qu’on emploie à surveiller les plâtras et à garder les pavés : faibles défenseurs plus imposants par ce qu’ils furent que par ce qu’ils sont.

Les chambres d’invalides ressemblent , alors, à celles des auberges de villages, mais la plus grande propreté y règne ; l’air et la lumière y circulent librement ; les murs sont peints en jaune à la colle et mouchetés de portraits de Napoléon ; chaque lit a pour annexe une armoire, et est au besoin entaillé au chevet d’une échancrure où s’adapte la jambe de bois du dormeur. Si les dortoirs ne sont point chauffés, du moins le nombre des couvertures accordé à chaque pensionnaire est porté  d’une à trois en raison de la rigueur du froid, et, pendant les journées d’hiver, de spacieux chauffoirs exclusivement réservés aux fumeurs, et d’autres où la pipe est interdite.

La sollicitude dont on entoure les invalides redouble en proportion de leurs infirmités. Le service de santé, organisé avec la régularité la plus scrupuleuse, est divisé en 2 sections, celle des affecions aigûes et celle des affections chroniques. la dernière comprend des valétudinaires, soumis plutôt à un régime hygiénique qu’à un traitement médical, et dont l’âge, compliqué par des rhumatismes, est la principale maladie. La plupart s’accomodent difficilement de la diète et de la tisane gommée, et si le médecin en chef leur accorde la permisson de sortir, ils figurent souvent sur le rapport du lendemain avec une note comme celle-ci :N°15. Rentré dans un état d’ivresse. L’infirmier ajoute sur la dictée du docteur :Lui supprimer le vin ; ne lui laisser mettre que la capote de l’infirmerie.

Ceux dont les vieilles blessures ne se sont jamais complètement fermées se présentent tous les matins au bureau des pansements où on leur administre les secours que leur état nécessite. Les dimanches, les officiers de santé s’assemblent en conseil, et reçoivent solennellement les pétitions orales desinvalides ; il faut aux uns des gilets de flanelle, aux autres des lunettes,des bandages herniaires,etc. la oncurrrence est active, les réclamations sont nombreuses ; ce que l’on a accordé à Pierre, Paul veut l’obtenir, et les membres du conseil, compatissants pour les faiblesses morales et  physiques, mettent tout le monde d’accord par une répartition presque égale de leurs bienfaits.

Les invalides asez séniles et assez âgés pour avoir besoin des soins accordés à l’enfance ou pour être nourris comme des nouveaux-nés, des mains officiieuses les servent avec empressement. On appelle ces quasi-centenaires les moines lais, nom donné jadis aux soldats estropiés que le roi plaçait dans les abbayes de sa nomination. Les plus écrépis sont relégués à l’infirmerie, et notamment dans la salle de la Victoire, réceptacle des misères humaines affublé come par ironie d’une fastueuse dénomination, espèce d’antichambre de la tombe, où chacun attend son tour avec une apathique philosophie.

Jeune fille visitant son pere

Jeune fille venant visiter son père

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Souvent, les vétérans, dans leurs intervalles lucides,  se prennent à regretter de n’être pas restés sur le champ de bataille, quand la mort leur apparaissait glorieuse, presque digne d’envie, et le front ceint d’une radieuse auréole ; mais, grâce au ciel, leur étape en ce monde ne tarde pas à s’achever. Chapelains, chirurgiens, pharmaciens leur prodiguent secours spirituels et temporels tandisque leur yeux sont fermés par les soeurs de charité de St-Vincent-de Paul qui veillent au lit de mort des hommes de guerre.

Pourquoi n’a-t-on pas mis à exécution le projet de Napoléon, qui songeait à convertir l’esplanade en Elysée militaire ? on jette les soldats qui meurent à l’hôtel dans un coin du cimetière du Mont-Parnasse ; leurs noms sont oubliés ; quelques coups de fusils sont toute leur apothéose, et la noire croix de bois qui s’élève un moment sur leurs tombes se confond bientôt avec la poussière du dernier séjour.

Source : article L’Invalide de  Emile De la Bédollierre dans  Les Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du XIXe siècle éditée par Léon  Curmer. Réédité par  Omnibus en février 2003.

 

 




L’Hôtel des Invalides : De Louis XIV à Napoléon Ier

25092007

1670 : Louis XIV règne sur la France.  En ce début d’année, le roi a un projet grandiose en tête ; il ne s’agit pas cette fois d’une nouvelle campagne mais de quelque chose de bien plus durable : La construction d’un hotel royal à Paris, au bout du fauboug St-Germain, pour abriter les derniers jours de ses vieux soldats. Une ordonnance, à ce sujet, parait le 2 février. 

La première pierre est posée le 30.1.1671 mais il faudra attendre 20 ans  avant l’achèvement du gros oeuvre. L’inauguration de l’église du dôme, elle, eut lieu le 28.08.1706.

Le roi-soleil fit 5 visites aux Invalides. Celle qui devait rester dans toutes les mémoires et servir de modèle aux suvantes est celle du 14.07.1701. ce jour-là, le roi visita tout l’hôtel : l’église, l’apothicairerie, les réfectoires où il assiste au souper des vieux soldats ; à l’infirmerie il s’extasia sur la verdeur d’un pensionnaire de 104 ans aux infirmeries. Puis, sur le coup, de 7 h, aux sons des tambours et des trompettes, il remonte en carosse entre  2 rangées d’invalides sous les armes.

Le 16.05.1717, jour de la Pentecôte, l’Hôtel des Invalides reçoit un invité de marque : le tsar Pierre Ier. Ce dernier ser tellement marqué par sa visite qu’une fois de retour à St-Petersbourg, décidé à en faire autant et il érigea un tel édifice au faubourg de Viborg à St-petersbourg, su la rive droite de la Néva.

1766 : Parmentier est reçu à 29 ans au concours de « pharmacien gagant maîtrise » aux invalides. Désormais, deux fois par jour, l’apothicaire visite les malades à la suite du médecin et des deux chirurgiens, habilités  à pratiquer les saignées.  C’est dans le petit jardinet, secrètemen annexé, pès de l’église du Dôme, qu’il commence ses premières cultures de pommes de terre avant d’obtenir, en 1786, les 54 arpents de terre dans la plaine des Sablons de Neuilly. Il fait surveiller le cham des sablons, mais seulement durant la journée ; la population, intriguée, s’empresse d’envahir le site chaque nuit pour dérober les précieux tubercules…A la grande joie du savant. Sous la Terreur, les invalides l’accusent d’avoir planté ses pommes de terre dans le cimetière de l’Hôtel pendant que les élus des comités révolutionnaires crient après lui : Ne votez pas pour lui, il va vous faire manger des pommes de terre. Malgré celà, Parmentier continuera son oeuvre jusqu’à sa mort le 17.12.1813, et restera la célébrité la plus étonnante de l’Hôtel des Invalides.

Le 12.06.1788, Louis XVI se rend aux Invalides, où il interroge un officier âgé de 99 ans qui servit sous Louis XIV, et en sort ravi. Onze jours plus tard, c’est le tour de la reine Marie-Antoinette, accompagnée de sa fille madame Royale et de sa belle-soeur madame Elisabeth. La reine est acclamée par les vieux soudards.

Le 14.07.1789, des émeutiers menés par Ethys de Corny, procureur du roi, Dominique Larrey (le futur chirurgien aux armées) et Camille Desmoulins se rendent aux invalides pour réclamer des armes. Ce dernier, le marquis de Sombreuil tente de calmer la foule, en vain. Un officier commande alors  aux artilleurs de faire feu, mais ceux-ci n’obéissent pas  et les vétérans  ouvrent eux-mêmes le sportes aux assaillants. 32.000 fusils  sont enlevés avec 27 canons.

En mars 1791, Dubois-Crancé demande la supression de l’hôtel destiné, selon lui, à des privilégiés. L’abbé Maury, le ténor de la contre-révolution lui fait face : Comment légitimerez-vous la barbarie de rejeter de leur asile des militaire invalides, pour leur donner une pension à tant par bras perdus au service de la patrie, come si un homme qui unbras demoins pourra vivre avec cent livres de plus quand il sera isolé…Finalement, le 30.04, un décret de l’Assemblée décide que l’établissement connu sous le nom d’hôtel des invalides est conservé sous la dénomination d’Hôtel National des Militaires Invalides

Le  1er vendémiaire an IX (23.09.1800), la dépouille de Turenne entre aux Invalidessous les roulements de tambours, ordres brefs, et silence  du recueillement des vieux soldats. Le lendemain, c’est au tour du du Premier Consul de se rendre sous le dôme pour célébrer l’anniversaire de la fondation de la République. Napoléon Bonaparte s’est fait, par ses nombreuses victoires, une place bien au chaud au fond du coeur des vieux briscards et ceux-ci l’acclament à tout rompre. Lorsque le lendemain du 3 nivôse an IX (24.12.1800), les invalides apprennt l’attetat de la rue st-Nicaise, ils adressentleur soutien au chef de l’Etat et forment des voeux pour l’avenir. Toutefois, lorsque le 28 floréal an XII (18.05.1804) proclame l’Empire, les  vétérans des Invalides n’apprécient pas celà. Certains vont même juqu’à quitter l’Hôtel après l’exécution du duc d’Enghien. Napoléon décide alors de frapper un grand coup  en choisissant ce lieu pour la cérémonie  des premières remises de la légion d’Honneur. Pour vaincre les dernières réticences, il décide de profiter  de l’occasion pour célébrer le 14.07 avec faste. Et comme il souhaite  la présence du Tout-Paris, il choisit la date du 26 mesidor an XII (15.07.1804), le dimanche, jour de repos, au temple de mars, sous le dôme des Invalides, rendu au culte à sa demande. Ce jour-là, tout le long de la cérémonie, l’émotion  étreint l’assistance. Les obscurs ont le même traitement que les clébrités, napoléon s’entretient avec chacun, et, en épinglant la croix, complimente les plus braves, s’inquiète de leur santé ou blessures, soutient  les invalides qui chancèlent sur les marches. Les anciens sont conquis.

Un mois plus tard, ils reçoivent la visite de l’ Joséphine. Elle vient entendre un Te Deum pour l’anniversaire de l’Empereur. Pour cette occasion, les invalides ont astiqués leurs beaux habits pour faire une garde d’honneur à l’impératrice.

Le 25.10.1806, Napoléon,  à Potsdam, s’empare de  l’épée de feu de  l’empereur de Prusse Frédéric II et, le 17.05.1807, celle-ci est remise en grande pompe à l’hôtel des Invalides. L’empereur n’y assiste pas car il marche, au même moment sur Koenigsberg et se prépare à livrer la bataille de friedland; Mais, à son retour de campagne, sa première visite est, le 11.02.1808, pour les Invalides. Sans apparat, accompagné seulement  du grand-duc de Berg (Murat) et du prince de Neuchâtel (Berthier), il pénètre dans l’église  au milieu des vétérans qui l’assaillent de questions, écoute les doléances de chacun, vide sa bourse et tire quelques oreilles. Ensuite, tout, comme le fitLouis XIV bien avant lui, Napoléon ait une visite complète des invalides.

L'Hôtel des Invalides : De Louis XIV à Napoléon Ier dans l'Hotel des Invalides visiteinvalideslv8

Le 25.03.1811, l’Empereur dote l’Hôtel d’un budget de 6 millions de francs. les invalides vivent alors un véritable âge d’or tout au long du règne impérial. C’est à euxque revient l’honneur d’annoncer les victoires du petit caporal  ainsi que mariage, et, surtout, la naissance et le baptême du roi de Rome.

Le 15.12.1840, l’Empereur, enfin de retour de Ste-Hélène, venait reposer définitivement, aux Invalides où il sera veillé jalousement par les vétérans de l’Hôtel. Cent ans plus tard, le fils viendrait, à son tour rejoindre le père.

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Source :  L’Hôtel des Invalides de Anne Muratori-Philip

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La Médaille de Ste-Hélène

16092007

                                                   Le 12.08.1857,  3 jours avant la St-Napoléon, Napoléon III fait paraître le décret suivant : Voulant honorer par une distinction spéciale, les militaires qui ont combattu sous les drapeaux de la France dans les  grandes guerres de 1792 à 1815. Avons dcrété et décrétons ce qui suit :

Art. I : une médaille commémortive est donnée à tous les militaires français et étrangers des armées de terre et de mer qui ont combattu sous nos drapeaux de 1792 à 1815.  Cette médaille sera en bronze et portera d’un côté l’effigie de l’Empereur, de l’autre pour légende : Campagnes de 1792 à 1815/A/Ses/Compagnons/De gloire/sa dernière/Pensée/Ste-Hélène/5 mai/1821.Elle sera portée à un ruban vert et rouge, suspendue à la boutonnière…. »(1)

Lors de l’ouverture de la session législative de 1858, Napoléon III s’expliqua ainsi : J’ai voulu qu’une médaille vienne rappeler à tous ceux qui avaient servi dans nos armées, la dernière pensée de leur chef. Plus de 300 000 hommes en France et à l’étranger, ont demandé cette médaille, souvenir de l’épopée impériale et en la recevant, ils ont pu se dire avec fierté : »Et moi aussi, je fasais partie de la Grande Armée », paroles que l’Empereur à Austerlitz, avait raison de leur montrer comme un titre de noblesse.

En Prusse, l’organe gouvernemental : La Nouvelle Gazette signale qu’en Hesse Rhénanie des sociétés de vétérans caressent  les souvenirs du 1er Empire et s’affublent de ses originaux.

A la même époque, parut une anti-médaille de Ste-Hélène en métal blanc, même dimension, même aspect général, même ruban que la vraie, mais représentant au verso un grognard unijambiste et manchot avec, comme légende, le nombre des morts et des blessés durant les campagnes de 1792 à 1815.

Malgré ces attaques, la médaille de Ste-Hélène conserva son prestige. On demanda un jour à un vieux grognard s’il n’eut pas préféré recevoir la Légion d’Honneur, il répondit : la légion d’honneur, tout le monde est susceptible de la recevoir, la médaille de Ste-Hélène, seuls les ancens grognards peuvent se la voir octroyer.

La première distribution officielle eut lieu à Paris le 15.08.1857. ce jour-là, à une heure, Napoléon III décora lui-même : Son oncle, Jérôme-Napoléon ; le maréchal Vaillant, ministre de la Guerre ; l’amiral Hamelin, ministre de la marine ; les maréchaux Magnan et Pelissier, duc de Malakoff ; le maréchal comte Baragay d’Hillier Ornano, gouverneur des Invalides, et bon nombre de généraux de division et de brigade, d’ amiraux, de vice-amiraux et de contre-amiraux.

Des ecclésiastiques eurent droit à la décoration : Le pape pie IX, qui servit au 1er escadron du 1e régiment des Gardes d’Honneur en 1813 ; Monseigneur Pilly, évêque de châlons ; M. Laroque, curé de Saint-Ambroise à Paris. l’Empereur élargit le droit à la médaille de Ste-Hélène aux femmes ayant été employées dans les armées impériales.

Dans la théorie, seuls les demandeurs ayant prouvé qu’ils avaient servi dans la grande armée devaient recevoir cette décoration, mais, dans la pratique il en alla différemment. Un grand nombre de ces anciens combattants ne purent apporter leurs états de service, ceux-ci ayant été pedus ou volés par les Prussiens durant l’invasion. dans ces cas-là, l’opinion du maire comptait pour beaucoup.

Cette médaille n’était pas donnée à titre posthume, et, si le destinataire décédait avant de la recevoir, elle retournait au ministère de la Guerre.

La distribution de la médaille provoqua l’apparition sur toutes les routes de france de nombreux mendiants arborant la Ste-Hélène, mais, après enquête ordnnée par le préfet, il s’ensuivit que bon nombre d’entre eux  n’y avaient aucun droit  et s’en servaient juste pour apitoyer les passants.

Plusieurs vétérans, dans leur hâte d’accrocher cet insigne le fixèrent et le perdirent presque aussitôt. A combien se porte le nombre de titulaires de cette décoration ? la réponse, vu l’incendie des archives de lalégion d’honneur causé par les communards en 1871 n’est pas aisée. Toutefois, la consultation des dossiers de demandes de cette médaille  aux archives départementales permet d’y voir un peu plus clair. Aux archives départementales de l’Eure, on peut voir qu’un vétéran de la commune de Quillebeuf, un dénommé Louis-Guillaume Marie, est sûrement l’un des derniers récipiendaires car il reçut la Ste-Hélène le 21.07.1870, soit 2 mois avant la fin de la chute du Second Empire, et il porte le n°404 800. Le nombre de médaillés ne doit donc pas dépasser les 405 000. Surtout que certains de ces vieux grognards reçurent cette décoration en double, voir en triple exemplaire, car, parcequ’ils avaient déménagé, de peur que le maire de leur anciennes commune néglige de faire suivre la médaille, ils se réinscrivaient dans la nouvelle ; ou, encore,  voyant que leurs amis avaient reçu la médaille et que, eux non, ils pensaient que, dans les hauts sphères on les avait oublié et faisaient donc une nouvelle demande. Aussi, faut-il donc revoir le nombre de décorés à la baisse, plutôt dans les 300 000, je pense.

                          La Médaille de Ste-Hélène dans Napoleon III et les veterans medaillestehelenecw6

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Notes : (1) Bien plus tard, pour la Croix de Guerre de 1914-18, on ‘inspira largement de la médaille de Ste-Hélène et de la couleur du ruban. 

Sources :  S.B.E.N (article de J. Declercq), J.EC.O.D (article du dr. P. Roger ; C.F.F.H. (article de Jean Fougère) ; Symboles et Traditions (article de Daniel Werba) ; Dictionnaire du Second Empire dirigé par Jean Tulard ; Archives Départementales de l’Eure.




De la décoration du Lys à la Ste-Hélène

16092007

De 1792 à 1815, l’Europe se ligua contre la France révolutionnaire, d’abord, consulaire et Impériale ensuite. Après la chute de Napoléon Ier, les divers gouvernements, à commencer par l’Espagne, distribuèrent des croix et des médailles commémoratives.

En France, il n’était évidemment pas question pour Louis XVIII de faire une médaille récompensant les soldats de Napoléon Ier, ces derniers l’ayant, à travers l’étranger, combattu pendant près de 20 ans. Par contre, dès 1815, il instaura la décoration du Lys, récompensant tous ceux qui lui étaient restés fidèles et avaient combattu de quelques façons que ce soit celui que les nobles appelaient l’Usurpateur. Toutefois, parmi ceux qui eurent cette décoration on trouve d’anciens officiers de Napoléon 1er qui avaient accompagné le roi à Gand. L’ officier de la Révolution et de l’Empire dont on ne s’attendait sûrement  pas à ce qu’il ait cette médaille, et qui dut probablement révolter les Vendéens si jamais ceux-ci l’apprirent, n’est autre que le général Turreau, celui des « colonnes infernales« . Certes, celui-ci s’était rallié au roi en 1814, comme beaucoup d’autres généraux d’ailleurs, mais tout de même…………

Pour Charles X, à son accession au trône, tout comme pour son frère Louis XVIII, il n’était évidemment pas question non plus de récompenser de quelques façons que ce soit les vétérans de la Grande Epopée. Quand à Louis-Philippe, si il fit ramener les cendres de l’Empereur, il toléra à peine le port des commémoratives non-officielles philantropiques, dont la plus connue est celle des Débris de l’Empire…On en portait de semblables en Belgique et parmi les Polonais.  Peut-être l’attitude de Louis-Philippe s’explique par le fait que la formidable liesse qui s’empara des Français lors du retour du corps de Napoléon Ier dut lui faire penser qu’il y aurait danger à faire plus pour la mémoire de l’Empereur. Après tout, n’avait-il pas aussi, dès le début de son règne, fait réinstaller la statue de l’Empereur sur la colonne Vendôme ?

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Réunion d’anciens grognards.

En 1847, de son côté, en Angleterre, la reine Victoria créa une médaille commémorative pour les soldats britanniques ayant combattu de 1795 à 1814 ;   les combattants de Waterloo en disposèrent déjà d’une  11 jours après la bataille.

Le Prince-Président, Louis-Napoléon Bonaparte, désirait depuis longtemps honorer les anciens militaires de la Révolution et de l’Empire. toutefois, il dut attendre son coup d’état du 2.12.1851 pour pouvoir intervenir en leur faveur. Dès le 14, était créée une mesure de secours viagers pour les anciens combattants sans ressources, en fonction de leur âge, de leurs années de service et de leus blessures. Ainsi furent secourus 651 octogénaires, 4022 septuagénaires et 6360 sexagénaire soit 11033 pensionnés.

Le 14.02.1852, un nommé Jean-Baptiste Schweitzer, ancien économe des hôpitaix de toulon et ex-capitaine de la Garde Nationale, écrivit aux pouvoirs publics une lettre dans laquelle il estimait que l’Armée Impériale a été dénigrée, et pour réparer les « injures » qui lui ont été faites, il proposait de se servir des canons enlevés aux ennemis pr les anciens soldats pour faire fraper des médailles qui serviront à décorer tous ceux qui pourront justifier d’une camagne. La médaile de Ste-Hélène était dans l’air.

JYL27

Sources : S.B.E.N. (article de J. Declercq) ; J.E.C.O.D. (art. du dr. P. Roger) ; C.F.F.H. (art. de Jean Fougère) Archives dépatementales de l’Eure, côte 7R ; Dictionnaire du Second Empire dirigé par Jean Tulard.




Louis-Napoléon Bonaparte et le culte de l’Empereur

14092007

Après la chute de l’Empire,  le salon de la reine Hortense, à Rome ou à Arenenberg, devient très vite le rendez-vous des Bonapartists intransigeants. La plupart des complots qui eurent lieu, entre 1816 et 1822, afin de renverser les Bourbons . C’est dans cette atmosphère un peu trouble que grandit le jeune Louis-Napoléon Bonaparte. Celui-ci, eut pour maître d’abord l’abbé Bertrand, chapelain à la cour de Louis Bonaparte, l’ex-roi de Hollande qui tint à l’enfant un langage des plus pacifiques. en 1820, l’abbé est remplacé par Philippe lebas, petit-fils du menuisier Duplay l’ami de Robespierre, fils du conventionnel régicide. Quelques membres de l’entourage de la reine Hortense trouvaient celà aberrant ; pourtant , avec le recul, Napoléon apparait, comme étant l’héritier de la Révolution.

A patir de 1830, avec l’avènement de Louis-Philippe, l’engouement pour l’Empereur est tel que le simple vaudeville qui ne vise que l’amusement n’apparait pas complet si il n’y s’y trouve un hommage à celui-ci. Même Talleyrand,  le vieux traître, s’y met de sa louange :En 1836, il rédige un manifeste  « La fortune que je lègue à mes neveux me vient en grande partie de lui. ms neveux doivent non seulement ne l’oublier jamais, mais l’apprendre à leurs enfants » de façon que le souvenir s’en perpétue de génération en génération, afin que, si jamais un homme portant le nom de Bonaparte se trouve dans une position de fortune où il ait besoin d’être aidé ou secouru, il obtienne de mes héritiers immédiats ou de leurs descendants tous les genres d’assistance qu’il sera en leur pouvoir de lui donner . 

Ce culte pour Napoléon 1er, la mort de son fils, le roi de Rome,  parvenue en 1832, à Schonbrunn, le retour des cendres de l’Empereur en 1840, tout ceci fait réunir auprès du jeune Louis-Napoléon Bonaparte un grand nombre de Bonapartistes, des jeunes mais aussi des d’anciens vétérans comme : Narcisse Vieillard, polytechnicien ayant fait la campagne de Russie, et capitaine d’artillerie ; le comte de  Montholon, qui accompagna l’Empereur à Ste-Hélène ; l’ancien capitaine des chasseurs à cheval de la Garde, et, depuis 1835, lieutenant-colonel de la Garde  Municipale de Paris pendant quelques mois : Parquin.

Le prétendant fera deux équipées qui tourneront mal, une en 1836, à Strasbourg, l’autre, en 1840. il faudra, à Louis-Napoléon Bonaparte, attendre 1848 et la chute de Louis-Philippe pour arriver au pouvoir en tant que président et devenir Empereur sous le nom de Napoléon III  en 1852. En 1857, il montrera qu’il n’a pas oublié les anciens compagnons de son oncle en créant pour eux la médaille de Ste-Hélène.

Louis-Napoléon Bonaparte et le culte de l'Empereur dans Napoleon III et les veterans lniiifl8

Napoléon III

Sources : Le culte de Napoléon, de J. Lucas-Dubreton ; photo : tirée du livre de Pierre Miquel : Le Second Empire « Trésors de la Photographie »
 

 




Bonjour tout le monde

9092007

Bienvenue sur le blog « Les Vétérans de Napoléon 1er« . ici, nous tâcherons de vous apprendre tout ce qu’il faut savoir sur les anciens soldats de l’Empereur Napoléon 1er, après la seconde abdication de celui-ci et son exil à Ste-Hélène. Que devinrent-ils alors que leur maître, celui qu’ils avaient si bien servi depuis plus de 15 ans pour certains était prisonnier des anglais ? Se reconnaissaient-ils dans cette nouvelle france gouvernée par Louis XVIII, ce roi ramené dans leur pays dans « les bagages des coalisés » ? C’est ce que nous essaierons de voir dans les différents articles  de ce blog.

Vous pouvez, si vous le souhaitez, mettre vous aussi des articles sur ce sujet. Il vous suffit, pour cela de vous inscrire sur le blog. Sachez aussi, que vos articles, avant de paraître sur le blog, devront être validés par le blogmaster.

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                                      Bonjour tout le monde dans Accueil

                     « Ah ! Il était grand » ou l’ancien évoquant l’Empereur à ses petits enfants




Le Retour des Cendres de l’Empereur

8092007

Depuis la mort de l’Empereur, le 5 mai 1821 à Ste-Hélène,  le corps de celui-ci fut, à de nombreses reprises, réclamé par sa mère, Laetitia Bonaparte née Ramolino, celle-ci, dans son adresse au gouvernement britannique Les cendres de son fils. Aussi, suite à ce mot, bien des Français s’imaginèrent que les Anglais avaient osé incinérer le cadavre de Napoléon Ier. Mais, jusqu’à présent, les différents gouvernements Français et Anglais refusèrent d’acquiescer à cette demande légitime. Toutefois, à partir de 1830, lorsque Louis-Philippe arrive au pouvoir, l’espoir que les dernières volontés de l’empereur :  Je désire reposer au milieu de ce peuple Français que j’ai tant aimé, soient enfin respectées renaissent. Un  grand nombre de poètes et d’écrivains se font les chantres de cette requête, en tête, avec son Ode à la Colonne, de octobre 1830, Victor Hugo :

Dors ! Nous t’irons chercher ! Ce jour viendra peut-être ! 

                              Car nous t’avons pour Dieu sans t’avoir eu pour maître. 

Car notre exil s’est mouillé de ton destin fatal ; 

                                       Et, sous les trois colonnes comme sous l’oriflamme, 

Nous ne nous penchons pas à cette corde infâme 

                                        Qui t’arrache à ton piédestal ! 

                                          Oh, va ! Nous te ferons de belles funérailles ! 

Nous aurons bien aussi peut-être nos batailles, 

                                            Nous en ombragerons ton cercueil respecté ! 

Nous y convierons tour, Europe, Afrique, Asie, 

                                                  Et nous t’amènerons la jeune poésie 

Chantant la jeune liberté ! 

Un premier geste est fait, en 1833 , en replaçant la statue de l’Empereur sur la colonne Vendôme.  A cette époque, à la Chambre des Députés, le général Lamarque s’exclamait : La mort n’avait pu glacer les cendres de l’Empereur  ! Escorté des pleurs de ses vieux compagnons d’armes, qu’il revienne dans un cercueil Celui qui, au milieu des acclamations de la France,revint si souvent sur un char de triomphe !

Les députés passèrent à l’ordre du jour, cependant, Louis-Philippe s’entourait de plus en plus d’anciens serviteur de l’Empereur et, l’Arc-de-Triomphe de l’Etoile fut achevé. Le 12 mai 1840, la décision est enfin prise de ramener le corps de l’Empereur.

Le 7 juillet,  La Belle Poule, suivie de La Favorite, appareille de Toulon pour Ste-Hélène. le 8 décembre, à Cherbourg, a lu le transbordement du cercueil à bord du vapeur  Normandie, bâteau du service public de la Seine. Durant tout le voyage jusqu’à Paris, il y a foule sur les berges, et celle-ci, au passage de l’empereur, fait soit le signe de croix,soit se met à genoux,et certains vétérans qui sont là crient Vive l’Empereur.

Le 14 décembre, les fils du roi s’inclinent devant le cercueil,et le maréchal sSoult se met à genoux à son tour devant l’Empereur ne pouvant s’empêcher de pleurer. Les Anciens ont revpetu leurs veux uniformes et, beaucoup traînant la jambe, ont pris le chemin de Neuilly. Par un froid de -8°, ils veulent veiller sur le dernier sommeil de l’empereur. Des feux s’allument. Roulés dans leurs manteaux, tout comme autrefois, les vétérans se croient revenus à l’époque où le petit Tondu faisait la guerre avec leurs jambes et r^vent à la gloire passée.

Le 15 décembre, à midi l’Empereur fait une entrée inoubliable dans la capitale. Le canon tonne ; les caisses raisonnent ; la foule crie  : Vive l’Empereur, Vive Louis-Philippe, Vive le grand Napoléon, Vive mon vieux Napoléon. 86 sous-officiers,représentant chacun un des 86 départements, scandent le pas ; guidé par un chambellan à la livrée de l’Empereur, un destrier gris caparaçonné de viollet, sellé du siège de velour cramoisi et or du jour de Marengo, trotte d’un pas allègre. 300 marins de La Belle-Poule précèdent l’état-major de la frégate.  Le char mortuaire arrive, devançé de valets de pied auxlivrées impériales. le maréchal Oudinotn duc de Reggio, le maréchal comte Molitor, l’amiral baron Duperré, le général Bertrand tiennent les cordons du poêle…Des familiers de l’Empereur, des dignitaires militaires et civils, des régiment, des gardes nationaux ferment le cortège.  Le peuple s’agenouille. Nombre de gens s’avançent et baisent le crêpe du char.

A 2h30, le cortège arrive aux Invalides. Trop haut, le char ne peut les franchir. On le laisse à droite, et 80 sous-officiers vétérans s’avancent. Ces anciens devraient porter le cercueil à l’intérieur de l’église. La bière lourde à leurs vieilles épaules, ils n’y parviennnt pas : 36 matelots de La Belle-Poule  viennent aussitôt à les suppléer.
Le maréchal Moncey, gouverneur des Invalides, âgé de 87 ans,s’est fait porter dans son fauteuil jusqu’au pied du catafalque. Depuis 8 jours, il suppliait son médecin :Docteur, faites-moi vivre encore un peu. Je veux recevoir l’Empereur !

A l’entrée du Dôme, Louis-Philippe s’avance au-devant du cortège. A sa demande, Bertrand place l’épée de Napoléon sur le cercueil et Gourgaud y dépose le chapeau légendaire.

Lorsque fut terminé le long service religieux, on entendit Moncey murmurer :A présent, rentrons mourir !

Le Retour des Cendres de l'Empereur dans De la chute a la Resurrection monceyinvalidespk4

Le maréchal gouverneur Moncey s’incline devant le cercueil. Photo tiré de l’Hotel des Invalides de Anne Muratori-Philip

Sources : -Napoléon, de André Castelot ;  Les 5 cercueils de l’Empereur, souvenirs inédits de Philippe-de Rohan-Chabot, commissaire du roi Louis-Philippe ; Itinéraire de Napoléon au jour le jour, de Louis Garros et de Jean Tulard

                                         




Les Représailles de Louis XVIII

19082007

3 mai 1814 : Louis XVIII revient pour la première fois à Paris, ce sont les vieux grognards qui constituent sa garde d’honneur. Ecoutons Chateaubriand : Je ne crois pas que figures humaines aient jamais exprimé quelque chose d’aussi menaçant et d’aussi terribles. Ces grenadiers couverts de blessures, vainqueurs de l’Europe, qui avaient vu ant de milliers de boulets passer sur leurs têtes, qui setaient le feu et à la poudre ; ces mêmes hommes, privés de leur capitaine, étaient forcés desaluer un vieux roi, invalide du temps, non de la guerre, surveillés qu’ils étaient par une armée de Ruesses, d’autrichiens et de prussiens, dans la capitale envahie de Napoléon. les uns, agitant la peau de leur front, faisaient descendre leur large bonnet à poils sur leurs yeux comme pour ne pas voir ; les autres abaissaient les deux coins de leur bouche dans le mépris de la rage ; les autres, à travers leurs moustaches, laissaient voir leurs dents comme des tigres. Quand ils présentaient les armes, c’éait avc un mouvement de fureur, et le bruit de ces rmes daisait trembler. Jamais, il faut en convenir, hommes  n’ont été mis à une pareille épreuve et n’ont souffert un tel  supplice. Si dans ce moment ils eussent été appelés à la vengeance, il aurait fallu les  exterminer jusqu’au dernier,  où   ils   auraient   mangé  la    terre.                                                                                                                                                                    

Le roi ne peut guère garder à son service de tels hommes. Aussi, le 12 mai, une ordonnance royale réduit de moitié le nombre des régiments d’infanterie et diminue les unités des autres armes. Un nombre considérables de postes d’officiers sont ainsi supprimés.

Le 1er mars 1815, Napoléon revient de l’île d’Elbe en débarquant à Golfe-Juan. Les Cent-Jours commencent. Si, en apprenat la nouvelle, quelques officiers restent fidèles, malgré tout, à Louis XVIII, la majorité de l’armée se rallie à l’Empereur. Le roi doit quitter Paris et se régugier en Belgique, à Gand ; mais ce n’est que pour un court moment : Waterloo met fin définitivement au règne de Napoléon et Louis XVIII revient dans la capitale Française pour toujours, et, cette fois, il compte se montrer bien plus dur envers les soldats de son rival.

Les premières représailles tombent le 1er août : Ce jour-là, une ordonnance annule toutes le spromotions des Cent-Jours privant d’un grade ou d’une croix ceux qui s’étaient battus bravement en Belgique. Le 3, les officiers sublaternes en non-activités touchent désormais les 4/5emes de leur traitement. Le 9 novembre, une loi autorise les tribunaux à priver en tout ou en partie de leur traitement ou pension les individus « convaincus d’avoir invoqué le nom de l’usurpateur« . Le 8 janvier 1816, les difficultés du Trésor font maintenir en demi-solde les officiers rentrés dans leurs foyers. Mais la vengeance du roi ne s’arrête pas là : Certains des invalides du Premier Empire qui bénéficiaient jusque là d’une pension voient celle-ci se réduire de moitié ;  d’autres, comme Joseph Guillaume Mouret, retiré en 1810 avec le grade de capitaine, demeura en 1818 pendant pus de 7 mois sans toucher sa solde de retraite. Pancrace Parraud fut, lui, prié d’entrer au service de la vétérance en dépit de ses infirmités et de ses 2 enfants en bas âge, il refuse finalement de se plier à cette exigence et perd sa pension. En 1822, les veuves de militaires ne peuvent prétendre à une pension que si elles ont été mariées 5 ans avant la cessation d’activité de leur époux et si celui-ci a eu au moins 20 ans d’activités et qu’il ait rendu à l’etat des services éminents, reconnus par décision spéciales du roi.  Inutile de dire que les veuves de militaire de l’Empire n’avaient que peu de chances de se voir s’accorder une pension.

Le roi, en agissant ainsi, cherche à faire le plus possible, oublier les vétérans de Napoléon 1er, à fairedisparaître toutes traces d’eux ; mais c’est l’effet inverse qui est obtenu. Les romanciers, comme Balzac, s’emparent de ces personnages en en faisant des légendes.

Le duc d’Orléans comprend très vite le parti qu’il peut tirer en venant au secours de ces « vieux débris de la Grande Armée », et ces agents leur rendent souvent visite. Louis-Philippe se fait ainsi de nombreux partisans parmi les gens du peuple. En 1831, A partir de 1831, alors qu’il sera devenu « Roi des Français », le sort des vétérans commencera à s’améliorer enfin.

 Les Représailles de Louis XVIII dans De la chute a la Resurrection demi-s10 

Un groupe d’anciens de la Grande Armée discutant entre eux 

Source : Natalie Petiteau : Lendemains d’Empire, les soldats de Napoléon dans la France du XIXe siècle







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